samedi 7 avril 2012

GROSSIER, SUBTIL, CAUSAL ET NON DUEL d'après KEN WILBER et une critique inspirée par Sri Aurobindo et Mère.

Cet article pour son début est une forme simplifiée de présentation de la pré-trans fallacy de Ken Wilber que nous avons déjà traitée et critiquée ici.


Freud dans une première approche de la religion y voyait surtout une forme de renforcement de l'intériorisation des interdits moraux. Bien sûr par ses rites et ses cérémonials la religion permet aussi de se rassurer face aux projections pulsionnelles du ça qui angoissent l'ego. La nuit noire nous fait peur parce que notre chair y projette des pulsions bestiales qui menacent notre propre moi. La foi religieuse permet de domestiquer le ça à la fois du point de vue moral et du point de vue de la maîtrise de l'imagination. 

Romain Rolland admettait ces fonctions psychologiques des religions. Mais il pointait à Freud une fonction qui elle ne serait pas illusoire et irréductible au fond à un rapport au ça. Il se référait à sa propre expérience d'un sentiment océanique qui selon lui permettrait de légitimer les religions dans la mesure où elle s'appuierait sur une dimension spirituelle au-delà même de leurs différences apparentes.

Freud répondit à Romain Rolland que ce sentiment océanique était peut-être une régression vers l'époque où notre conscience vivait de façon fusionnelle dans la matrice maternelle qui, il est vrai, est comme dans un grand océan nourricier à 37 degrés. Le développement humain passe par une rupture de l'état fusionnel qui implique le développement d'une conscience de soi individuelle et l'usage de la raison. Les états mystiques seraient suspects de nier ce développement, d'être la nostalgie cachée de la conscience intra-utérine fœtale.

Ken Wilber, l'un des penseurs intégralistes les plus influents, estime que certains états mystiques sont régressifs mais que d'autres au contraire ne nient pas la raison et l'individualisation mais les transcendent.

 Ken Wilber pour résoudre le problème pré-trans présente ce schéma :

Nous voyons que l'état rationnel et les états suprarationnels sont précédés des états archaïques, magiques et mythiques. Dans ces états prérationnels, les gens glissent peut-être plus facilement vers les états mystiques subtils, causaux et non duels, d'où les tentatives de régression. Pour découvrir les états mystiques associés à une conscience suprarationnelle, il faudra d'autres pratiques.

Pour connaître des états de conscience spirituels par régression, on peut par exemple utiliser les drogues ou des activités qui modifient les composants chimiques et hormonaux du cerveau comme l'ivresse de la danse, les rythmes les plus proches du rythme cardiaque, etc.
Dans le schéma qui suit nous envisageons la conscience clanique ou tribale qui est archaïque ou magique.

Dans la conscience archaïque il n'existe pas au niveau grossier de distinction claire entre ce que nous appelons le subjectif et l'objectif. Tout est vivant pour une telle conscience : il n'y a pas l'idée d'une matière sans vie, sans esprit, sans âme. L'interprétation freudienne fonctionne très bien : il n'y a pas de distinction entre les projections du ça et les phénomènes objectifs de la nature. La religiosité va donc consister à domestiquer simultanément la vie intérieure et les phénomènes extérieurs. La dimension subtile de cette religiosité utilise des instruments comme un collier attrape rêve. Mais nous ne devons pas réduire ce genre de pratique à une pure illusion placebo, une croyance et un rituel rassurant.
Ce que nous dessinons comme le niveau causal montre que la donnée immédiate de la conscience que découvre l'attrape rêve est qu'il y a une dimension de nous même qui échappe à l'activité de la vie du monde peu importe qu'on en puisse pas distinguer le caractère objectif ou subjectif. Il y a un presque rien que je suis qui ne peut pas être touché par aucune force de conscience (subjectif) ou aucun phénomène émergent dans la conscience (objectif) : le collier attrape rêve circonscrit une paix intérieure qui ne peut être ôtée de nous que par son oubli. Mais cet éveil de la paix intérieure peut ne pas être conscient de lui-même même s'il émerge et transparait déjà au niveau subtil. C'est quand au niveau causal que le sans forme est perçu comme paix que cet éveil est conscient. Les préhistoriens qui trouvent de multiples représentations humaines sans tête seraient éclairés s'ils comprenaient en quoi cette représentation a un rapport avec la paix intérieure face à la confusion et au chaos des forces de conscience et des phénomènes. L'état non duel rejoint ce que Romain Rolland appelle le sentiment océanique : nous sommes l'océan de la conscience ni subjectif ni objectif dans lequel tout émerge. Conscient dans un état non duel de ceci nous commençons à savons sur le plan mental qu'il y a un ordre des choses. Nous commençons à connaître les interdépendances.

Au final nous pouvons associer les quatre niveaux spirituels que nous avons distingués à chaque niveau de conscience mentale à des états de conscience courants du genre : l'état Réveillé correspondant à l'état grossier, l'état de rêve correspondant à l'état subtil, l'état de sommeil profond (où la conscience de rien domine) correspondant à l'état causal, et enfin l'état « spirituel / en unité », l'état non duel qui demeure en arrière plan des autres enveloppant et unissant tout état et tout phénomène (Être et Devenir).

Une autre façon de présenter ces quatre niveaux spirituels est d'associer Grossier et  naturel, subtil et divinité (conscience(s) force(s)), causal et caractère premier de la conscience sans forme, non duelle où la source de l'Être et du Devenir n'est qu'une, forme(s) et vide ne faisant qu'un.


Cependant cette approche de Ken Wilber exclut une autre approche, celle du psychique que l'approche de Sri Aurobindo et Mère nous suggère.


L'idée est que si l'être psychique influence l'individualité alors le mouvement d'évolution des mentalités peut être comme concentré. En effet si vraiment l'âme est réalisée alors la Volonté de la nature qui produit l'émergence de ces mentalités serait directement à l’œuvre.
De ce point de vue un enfant se tenant conscient au niveau de son âme serait plus près du sens évolutif que de l'adulte se tenant à un niveau mental plus évolué mais au niveau grossier.

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