mardi 31 mars 2015

QUELLE SPIRITUALITE POUR UNE FRATERNITE REPUBLICAINE ? APPORTS DE LA CULTURE SPIRITUELLE MUSULMANE.

Abd Al Malik artiste connu pour sa recherche spirituelle musulmane dans Place de la république, Pour une fraternité laïque écrit p.7-8 :
Aujourd'hui un Français, c'est aussi bien un Français athée, qu'un Français musulman, qu'un Français chrétien, qu'un Français juif.
Un Français n'est pas issu d'une caste sociale particulière et n'a pas une couleur de peau spécifique.
Être français, c'est être spirituel.
Être porteur d'une véritable spiritualité laïque qui, avant même de s'articuler dans le langage, est à la fois, raisonnement, intuition de l'idée immanente républicaine et sa transcription claire et intelligible.
L'identité française prend source dans le refus de toutes les bassesses
Comme l'atteste la volonté émancipatrice de notre histoire moderne
Qui n'a eu de cesse de redéfinir la conception de l'homme et son rapport au réel
conception initiée par la révolution culturelle humaniste et mûrie pendant trois siècles jusqu'aux Lumières et à la Révolution française
 Dès lors ce refus s'exprime à la fois par l'affirmation des valeurs fondatrices : Liberté, Égalité, Fraternité et par la négation d'un ordre ancien
 
 Comme en écho Abdennour Bidar qui, lui aussi, a grandi en explorant la spiritualité musulmane écrit dans Plaidoyer pour la fraternité écrit p.11-12 :
Frères et sœurs humains de tous bords et de toutes origines,
Je vous écris cette longue lettre, ce Plaidoyer, pour vous parler de l'urgence d’œuvrer tous ensemble maintenant à quelque chose de très simple, de très beau et de très difficile à la fois : la fraternité. La fraternité tout court, et pas seulement la fraternité de tel sang ou de telle religion.
Pourquoi la fraternité ? Elle est ce qui manque le plus à notre vivre-ensemble, et ce dont l'absence - ou la rareté - nous fait le plus souffrir.
Comment faire, tous ensemble, pour que cet idéal devienne maintenant une véritable direction, un projet de société concret, un projet de civilisation vers lequel nous ferons converger d'abord nos cœurs, et à partir d'eux nos éducations, nos institutions, nos engagements, nos métiers et toutes nos forces vives ? Telle est, me semble-t-il, la responsabilité collective qui nous attend. Voilà ce qui va orienter chacune de nos existences vers un but qui rend cette vie digne d'être vécue. Un but qui insufflera à nos vies la dimension spirituelle qui lui manque si souvent. Un but partagé par tous et qui réunirait, comme au temps de la résistance chantée par Aragon, ceux qui croient au ciel, à tel ou tel ciel, et ceux qui n'y croient pas.
Je veux donc vous lancer - nous lancer à tous - un défi : spiritualisons nos vies par l'entrée en fraternité universelle !

Mais derrière ces deux projets de nourrir spirituellement la vie républicaine à partir d'une recherche spirituelle enracinée dans la culture musulmane, il y a une nuance de taille.

Abd Al Malik dans Place de la république, Pour une fraternité laïque écrit p.18-19 :
Soyons honnête, dans notre pays, les caricatures de Charlie Hebdo (certes acte démocratique par excellence parce qu'éclatant symbole de la liberté d'expression) ont clairement contribué à la progression de l'islamophobie, du racisme et de la défiance envers tous les musulmans. [...] Aussi croire pouvoir caricaturer jusqu'à l'obsession le Prophète d'une communauté de croyance déjà bien malmenée (de l'extérieur comme de l'intérieur), dans un contexte national et international explosif, sans créer ou renforcer des clichés et des stéréotypes, déjà trop présents, est pure inconscience. en outre, de toute évidence, nous vivons en démocratie et en démocratie aucun pouvoir sans borne ne pourrait être légitime. [...] Soyons juste donc, cette fameuse liberté d'expression n'est pas une valeur non négociable.

Abdennour Bidar dans Plaidoyer pour la fraternité écrit p.55-56 :
[...] pour que l'islam soit une chance pour la France : qu'il fasse le choix de se repenser de fond en comble à la lumière spirituelle de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, de la démocratie, de la laïcité. Certains musulmans me disent que c'est acquis ? Non, tout ou presque reste à faire. Non, la civilisation et la religion islamiques ne vont pas bien, et tout est à réécrire au présent de l'indicatif, tout est à revoir pour le débarrasser de ses anachronismes et de ses rhumatismes. A commencer par son manque d'autodérision, sa difficulté tragi-comique à rire de lui-même... et  à accepter que d'autres lui rendent ce service de se moquer de ses obscurantismes ! S'il était en bonne santé spirituelle, les caricatures du Prophète l'auraient fait rire de lui-même, ou ua moins sourire. Ne sait-il donc plus que la grandeur de l'homme est non seulement de rire de tout en général, mais du sacré en particulier ? Car la capacité de rire face à ce qui nous impressionne - le sacré, le mal, la mort - témoigne de notre capacité de résistance et de résilience en face de ce qui voudrait nous anéantir d'angoisse et de chagrin.
On a derrière cette différence frappante une différence de vision de la laïcité. La vision d'Abd Al Malik ne s'inscrit pas, quoiqu'il en dise, dans une laïcité républicaine à la française mais dans une demande de laïcité multiculturaliste. Celle d'Abdennour Bidar est elle vraiment un appel à un islam intégré à la laïcité républicaine comme il y a des chrétiens intégrés à la laïcité à la français y compris dans leur  recherche spirituelle.

La laïcité républicaine implique une irrévérence pour toute appartenance communautaire y compris et surtout religieuse car vouloir un citoyen affranchi de ses tendances identitaires revient à vouloir un citoyen capable de reprendre l'irrévérence en auto-dérision.
Abd Al Malik (et sa femme) semblent mettre l'irrévérence de Charlie Hebdo sur le même plan que le non respect de la minute de silence pour les victimes des terroristes dont les journalistes de Charlie Hebdo. P.20, on lit :
"L'irrévérence française... Ils semblent moins s'en contenter lorsqu'ils observent ce manque de respect, puisque c'est de cela qu'il est question en réalité, lorsque certains élèves refusent d'observer la minute de silence en hommage aux victimes [...]"

Ne pas respecter une minute de silence pour des gens assassinés pour des idées n'est pas de l'irrévérence mais une complicité implicite avec les assassins. Il y a un fossé entre le manque de respect aux personnes et le manque de respect aux idées. On ne doit pas de respect moral aux idées et les caricatures nous sont utiles pour nous le rappeler comme le suggère Abdennour Bidar. On doit respect à la fraternité par contre. Parfois cela implique de maltraiter les idées de l'autre avec précaution mais quand nous commençons à vraiment vouloir être fraternel prendre des gants devient moins utile.

La caricature post-attentat est d'ailleurs éloquente :

Le musulman symbolisé ici est-il le Prophète comme l'affirme Abd Al Malik ?
Abd Al Malik ne voit pas qu'on ne peut pas caricaturer l'authentique lumière intérieure car il faudrait la voir sensiblement pour la caricaturer et la voir c'est percevoir son éclat invisible, intangible, inaudible, etc. en toute chose. Aucun dessinateur de Charlie Hebdo n'a jamais dessiné le Prophète de l'islam (même si cela a été peut-être son intention) car si on tentait de le faire, il faudrait réussir à représenter l'éclat de cette lumière intérieure le transfigurant... Charlie Hebdo n'a donc publié que des caricatures de représentations du Prophète qu'il pouvait croiser sur les réseaux sociaux, une représentation le plus souvent sans profondeur spirituelle. Sur cette manche, il s'agirait plutôt de la caricature d'une représentation symbolique du musulman sans éclat spirituel notable. Et malheureusement comme Abdennour Bidar le suggère faute d'autodérision beaucoup de musulmans ne sont pas conscients de véhiculer une représentation caricaturale de leur religion dès lors si facilement caricaturable... 

Cette caricature post-attentat est aussi à la hauteur de la fraternité en montrant un musulman capable de pleurer sur les morts de Charlie (et il y en a eu qui était vraiment Place de la république) et la rédaction de Charlie trouvant par là la force de ne pas en vouloir foncièrement à tout l'islam...

Du point de vue moral on ne peut donc pas mettre sur le même plan l'irrévérence d'une caricature et le désir de marquer son opposition à une idée y compris en approuvant le meurtre de ceux qui la défendent. 

L'attaque violente sur le plan des idées de n'importe quelle idée ne met pas en péril la liberté de conscience. L'attaque violente de personnes parce qu'elle a telle idée met en péril la liberté de conscience. 

Il faut en laïcité républicaine distinguer liberté de conscience et liberté d'expression. Dans notre approche française de la laïcité il n'y a pas liberté totale d'expression mais liberté totale de conscience. 
Personne n'est tué ou torturé par la République française pour ses idées, c'est la préservation de la liberté absolue de conscience. 
Et il y a des idées condamnées par la loi : négationnismes, racismes, homophobie, etc. Le condamné doit des dommages et intérêts, etc. même s'il garde sa liberté de conscience. 
Enfin il y a des idées et des types de pensées qui sont promues par l'éducation nationale de la République au dépend d'autres jugées obscurantistes, passéistes, fausses. La liberté d'expression n'est donc pas une liberté d'expression égalitariste contrairement à certains desiderata multiculturalistes. Les sciences dures, les sciences humaines ou la philosophie sont des forces vives de la République. Aucune religion ne l'est directement. 

Si spiritualités laïques, il y a, elles doivent donc parler le langage de la science et de la philosophie, elles doivent abandonner l'idée de sacraliser l'héritage religieux dont elles proviennent éventuellement. Car s'interpréter pour une spiritualité religieuse dans le langage de la science et de la philosophie pour devenir une spiritualité laïque demande d'intégrer le sens critique contraire à toute sacralisation théorique, de privilégier l'expérience testable à la croyance aveugle, etc. 

Abd Al Malik finit son propos sur la vertu de foi. Mais sa vision de la foi est liée à l'exemplarité de figures passées (p.26). Pour nous la foi au sens spirituel n'implique pas d'abord fidélité mais confiance. Nous n'avons pas à être fidèle à ce qui nous a fait croître à un moment si cela nous empêche de croître par la suite. La reconnaissance et la gratitude pour ce qui nous a fait croître n'impliquent pas la fidélité. Par contre nous pouvons avoir confiance en cet appel à croître qui ne peut jamais être fidèle intégralement à aucune forme passée.
La foi en science et en philosophie ne peut pas être en une doctrine fixiste mais foi en une évolution croissante de l'intelligence du réel qui donne la force d'abandonner les visions du monde passées ou traditionalistes qui peuvent lui faire obstacle. Cette foi-là, je la place au-delà de toutes mes convictions et je suis prêt à lui relativiser toutes mes convictions.


Enfin avec Abdennour bidar, je pense que l'intégration à la fraternité laïque est une démarche autant des non-musulmans que des musulmans. Il écrit p.38-39 :
L'autocritique au-delà de l'autodéfense, cela vaut dans les deux sens. Il s'agit, pour l'islam, de dépasser le premier réflexe de dire : "ça ne ma concerne pas, je n'y suis pour rien." Pour la société française, de dire : "Ces terroristes sont revenus fous de Syrie, moi qui les ai élevés, je n'y suis pour rien." D'un côté la posture victimaire, de l'autre celle du bouc émissaire. L'autocritique doit prévaloir sur ces logiques d'accusation entre la France et ses musulmans. "La France est méchante, elle ne veut pas de nous" contre "Les musulmans ne veulent pas s'intégrer et ils en sont incapables".
[...] L'islam accuse la France de le rejeter, de le discriminer, de le stigmatiser. L'islam accuse la France de se conduire avec les musulmans sur son territoire comme auparavant avec les indigènes de ses colonies. L'islam accuse la France de faire payer à ses musulmans l'indépendance de l'Algérie. En retour, la France suspecte l'islam d'être foncièrement incompatible avec la modernité, la démocratie, les droits de l'homme, la laïcité, etc. La France fait passer à ses musulmans un interminable test d'intégration. Alors que pour la plupart, fils ou petit-fils d'immigrés nés et grandis ici, ils sont français depuis longtemps. Les musulmans en tirent toujours plus de rancœur... et les deux s'enchaînent ainsi ainsi dans une spirale maudite, de plus en plus dangereuse.
La France avec ses filles et ses fils musulmans sont appelés à se relever de ce malheur en se soutenant mutuellement, en s'aidant mutuellement à lutter contre leurs démons respectifs. [...] Ce sont peut-être les mêmes [démons] en miroir, des monstres siamois.

Il poursuit p.41-42 :

Au-delà de la France, la mondialisation doit rassembler les Orients et les Occidents dans la prise de conscience qu'aucune civilisation n'est plus autosuffisante et n'a un destin à part -elles sont irréversiblement interpénétrées et chacune a désormais besoin du concours de toutes les autres.
Notre défi commun le plus fondamental, décisif pour l'avenir ? Je le dis souvent d'une formule : aujourd'hui, nous avons tous besoin d'intégration, et pas seulement les immigrés de fraîche ou de longue date. 
Arrêtons d'assimiler intégration et immigration ! Oui, les immigrés de fraîche date ont besoin d'être intégrés. Mais nos valeurs - dignité de l'être humain, liberté, égalité, fraternité, solidarité, laïcité, mixité - ont besoin d'être réapprise par notre société tout entière, et pas seulement rappelées à quelques musulmans radicaux !

samedi 21 mars 2015

LA PHILOSOPHIE COMME VOIE INITIATIQUE ET CONCEPTION D'UN IDEAL EDUCATIF.

Article de  dans son blog "Heureux à l'école! " 

La philo, ou l’absurde logique scolaire
Prenez des ados bien mûrs, vérifiez qu’ils n’ont jamais trempé dans le moindre exercice de questionnement et placez-les sur le grill stressant de la terminale pour découvrir d’un seul coup : les philosophes Grecs et Romains, (pas les Indiens, ni les Arabes ou les Chinois, pas les autres, pas le temps), les concepts énoncés au fil des siècles (à raison d’une séance par semaine sur moins de 6 mois, on survole). Sans oublier quelques astuces de rhétorique, thèse, anti-thèse, synthèse pour avoir au moins 10.
Ce n’est pas de la philosophie mais du gavage. Le but étant d’apprendre par cœur des tonnes de trucs, sans formation initiale, sans imprégnation de l’expression, sans incorporation lente de l’exercice de philosopher. Sans aucun goût découvert au fil du temps pour le débat, l’écoute, l’art du contre pied ou celui de l’élaboration.
C’est tout simplement idiot et parfois néfaste. La plupart des adultes qui découvrent les sujets du bac philo de l’année le confessent : rien qu’un énoncé leur rappelle le haut-le-cœur de leur jeunesse à l’idée de plancher sur de telles phrases complexes.

Offrez aux futurs bacheliers de vrais atouts

Les futurs bacheliers et les jeunes diplômés ont un challenge de taille dans leur viseur : leur capacité d’adaptation à la vie réelle qui les attend. La philo en conserve de leur terminale ne leur sera d’aucun secours, en imaginant même qu’ils en retiennent une seule once. Si l’éducation nationale investissait tout de suite et dès la seconde dans des modules pratiques prodigués sur 3 ans, tels que : prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle… Les jeunes seraient plus efficaces, moins perdus pour entamer leur premier job, ou tout simplement pour communiquer et prendre leur place.

La philosophie, ça doit commencer tout petit


Ce sont nos amis québécois qui ont inauguré cette démarche et elle contient une puissance insoupçonnée, tant pour les individus que pour les communautés où ils progressent. Commencer la philosophie dès la maternelle, c’est possible, si les enseignants sont un peu formés. Et ça marche ! Car tout petit déjà, on s’en pose des questions ! La justice (« C’est pas juste !»), la liberté, la propriété (« C’est à moi ! »), le temps, qu’est-ce qui est bien ? ou mal ? Et puis peut-être aussi apprendre à écouter d’autres points de vue, douter, remettre en cause. Au fil des années, s’ajoutent la citoyenneté, plus tard l’éthique.

Mais ce travail est l’œuvre d’une enfance, d’une adolescence, d’années de pratique. Pas d’une logique de presse-purée avec de jeunes adultes stressés par une note finale. Dans les quartiers difficiles, entamer un dialogue pourrait reprendre sens. En général, il y aurait peut-être enfin une autre perspective que de réduire nos enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons. C’est une invitation aux débats, à la rhétorique, à la palabre qui crée du lien.
La philo au bac, oui mais pas comme ça ! La philo au bac à sable, là… vraiment oui !
Pour aller plus loin, je vous recommande les « Goûters Philo » de Milan éditeur.
Par Brigitte Labbé, Michel Puech et Jacques Azam.

MA RÉPONSE EN L’ÉTAT
Cet article est assez provocant mais il pointe certains défauts de l'enseignement actuel de la philosophie que je reconnais.

1 - il y a encore un risque de gavage malgré, il faut le préciser, la baisse de niveau de l'épreuve depuis une dizaine d'année qui favorise une approche plus fondée sur l'essentiel.

2 - il demeure un stress de l'évaluation qui précipite nombre d'élèves du côté d'une philosophie scolaire. On échoue à les faire philosopher.

Mais étant professeur de philosophie en terminale, je puis contester certaines des affirmations de l'article et en tant que philosophe, je me permettrais de critiquer fortement certaines conceptions et plus précisément la conception ici présentées "des atouts pour un adolescent".

1 - je garde un excellent souvenir de mon professeur de terminale C, Gilles Susong, qui nous offrait un autre monde culturel que le nôtre. Car c'est bien là un enjeu décisif, les adolescents ont un monde qui souvent est en train de se clôturer. Car ils pensent malheureusement assez pour ce faire. Le cours de philosophie est une chance d'apprendre à penser de manière plus ouverte. Savoir soutenir simultanément une thèse et une antithèse est une méthode sure pour ne pas s'endormir dans un sommeil dogmatique. Dans mon expérience je n'ai pas eu l'impression alors d'un survol de quoi que ce soit. Au contraire j'ai connu une expérience d'ouverture déterminante.

2 - "prendre la parole en public, rédiger une note de synthèse, savoir se relire, négocier par l’écoute relationnelle…" sont aussi des techniques de base de tout "marchand de soupe" comme le dirait un Stephen Jourdain. Si vraiment on veut éviter de réduire "les enfants à des consommateurs qui appuient sur des boutons", il faudrait éviter de former les meilleurs à convaincre les autres de le devenir !!! Éduquer est-ce préparer nos enfants à reproduire un système ou à le faire évoluer ? Un des seuls atouts alors est bien la pensée philosophique qui reste le seul mode de pensée critique encore enseigné aujourd'hui capable de pointer les incohérences d'un discours et aussi de reconnaître les siennes (ce qui est plus enrichissant encore). La philosophie n'est pas seulement une façon de dialoguer : la CNV est meilleure si le dialogue est le but !!! car ne confondons pas dialogue et dialectique difficile relationnellement tant qu'on défend un ego au lieu de chercher une vérité. La philosophie n'est pas seulement se poser des questions comme le font les enfants, car la philosophie est aussi un art d'accéder à l'intuition surmentale (qui n'aurait rien d'un pressentiment) (au moins au double sens de Bergson et Spinoza si je puis me permettre d'indiquer des pistes pour entendre le signifié que ce concept pointe dans ma vision philosophique) car c'est aussi et avant tout un mode d'exploration spirituel. Ce que je lis concernant la philosophie pour les petits ignore dramatiquement cette dimension que seul notre XXème siècle occidental en philosophie a su complètement oublié ou presque.

3 - Personnellement usant de ma liberté professorale, j'initie mes élèves à la pensée occidentale la plus spirituelle au programme mais aussi à la pensée non-dualiste (Douglas Harding, Stephen Jourdain), à la philosophie chinoise, hindoue, islamique ou encore à la philosophie intégrale (Sri Aurobindo - Ken Wilber) et à partir de là on peut d'ailleurs constater qu'il ne manque pas grand chose à la tradition occidentale qui s'en trouve revigorée. A vrai dire seuls quelques auteurs au programme négligent toute dimension spirituelle propre à la démarche philosophique. Or c'est bien l'usage spirituel de la philosophie, le jnana yoga comme disent les hindous qui devrait être revigoré vu le genre de difficultés que nos sociétés vont devoir affronter. En fait les jeunes enfants ne pensent pas assez rigoureusement pour jouir pleinement de la philosophie comme phénoménologie herméneutique spiritualiste à la recherche d'une vision du monde adaptée aux défis non de la vie socio-économique actuelle mais des 50 prochaines années. La spiritualité des enfants peut être soutenue par la poésie ou par des récits mais ils ne peuvent pas vraiment manipuler des concepts rigoureux et ils glissent facilement vers la croyance à partir de ce que dit un adulte. Certes en ces domaines mêmes nous adultes manipulons des signifiants sans voir toujours le signifié et je me souviens que croyant faire de la phénoménologie j'étais encore en train de croire en pensant voir au lieu de percevoir. Mais quoi qu'il en soit, de nombreux adolescents aujourd'hui sont capables comme je le constate de percevoir au moins en partie ce que des concepts de philosophie spiritualiste pointent alors que des adultes s'y refusent : ils seront prêts à une évolution de la conscience quand le moment l'exigera et d'autres sans aucun doute y contribueront fortement. Car les adolescents d'aujourd'hui peuvent être des êtres engagés et authentiques à condition qu'on leur donne les moyens de penser. Souvent on rencontre aussi des adolescents qui ont une expérience spirituelle mais qui n'ayant pas de concepts sont en but à leur entourage ou restent incapables de s'y repérer.

4 - Plus le temps passe, plus je pense que la qualité d'être du professeur est déterminante pour rendre capable un élève de ce dont il ne croyait pas l'être. Les techniques pédagogiques sont très secondaires : la qualité d'être d'un enseignant est intimement lié au fait d'aider inconditionnellement l'enseigné à être plus authentiquement ce qu'il est en profondeur avant même de lui transmettre un savoir sur sa matière. En philosophie quand la dimension spiritualiste est retrouvée, le paradoxe est que la matière veut qu'on enseigne et questionne aussi ce qu'est la qualité d'être individuelle et collective. Le philosophe donnera donc forcément à ses élèves de quoi penser une éducation. Qui aujourd'hui donne aux futurs adultes des notions concernant la juste éducation des enfants ? N'est-ce pas à cet âge où un recul par rapport à l'éducation parental peut être envisagé surtout si cette éducation ignore ses maladresses (qui souvent vont tout de même jusqu'à justifier une certaine violence physique) ?

5 - Le baccalauréat garde un sens initiatique, peut-être faudrait-il un autre type d'épreuve ou bien l'envisager seulement quand on est prêt. Mais si l'élève n'était orienté en dépit du bon sens (partant de seconde 70% au moins des élèves doivent entrer en classe de première quel que soit leur niveau intellectuel, le niveau de leur classe et donc de l'établissement !!!) et aujourd'hui on envisage de supprimer le redoublement sans même utiliser les évaluations par compétences pour remédier aux compétences déficientes, si les classes n'étaient pas surchargées et si les professeurs avaient une assez bonne qualité d'être alors le défi pourrait être relevé donnant à l’élève une estime de soi, une confiance dans ses capacités d'auto-dépassement... Imaginons un tournant spiritualiste de la philosophie, alors l'initiation aurait tout son sens.

CECI DIT QUEL EST MON IDÉAL ÉDUCATIF ?

J'adhère à l'évidence que un monde vivant pousse en ce moment même aux milieux des décombres du vieux monde dominé encore quoi qu'il en pense par la bestialité. Plus le temps passe, plus je sais que je vois ce Monde nouveau si et seulement j'y participe. L'évidence de l'horreur du vieux monde fait partie des ruines. C'est même une impression de grisaille interne dépressive qui participe de l'auto-destruction du vieux monde. Le monde nouveau n'est vue qu'à partir d'une certitude de Joie sans objet qui accueille une force créatrice et transformatrice.

Un deuxième point me saute aux yeux : l'éducation n'est plus une sortie (ducere) hors de soi (e-) mais une initiation à soi c'est-à-dire une intégration de puissance de pensées, d'émotions (voire de sentiments) ou encore de capacités physiques répondant aux besoin d'une âme. Ici je croise les valeurs chrétiennes selon laquelle nous avons à rendre compte du développement de nos talents.

La société du vieux monde ne connaît que des egos manipulables par leurs désirs égocentriques puisque foncièrement mimétiques et qui donc suscitent de la concurrence. Même la bonne conscience de ce vieux monde a cette mécanique. La société du vieux monde ignore tout de l'âme.

L'éducation véritable consiste certainement à permettre à une âme de ne pas se perdre dans les mécaniques des pensées, des désirs et des pulsions. Aujourd'hui la paresse, l'inertie l'emporte souvent faute de souligner un idéal d'évolution et de création. La spiritualité contemporaine avec la non-dualité nous donne d'échapper peu à peu à la mécanique. Mais quid du mouvement de transformation du monde ? L'ego n'est que le visage défiguré de notre âme quand pire malheur il n'en est pas la tombe où elle se tient étouffée dans le silence. L'éducation authentique est au service d'un principe d'individualisation. Celui qui aime ses enfants ou le professeur qui se soucie de ses élèves travaille pour leur proposer ce qui leur facilitera de devenir ce qu'ils sont : il leur donne de quoi s'individualiser. Un tel parent ou un tel professeur lutte parfois contre l'ego de l'enfant ou de l'enseigné pour en libérer l'influence de son âme, le principe d'individualisation qui au cœur de la conscience pure commande le devenir un individu quand il est uni intuitivement, mentalement, émotionnellement à cette conscience pure.

Ceci commande même la manière dont parfois on peut introduire auprès d'un enfant ou d'un enseigné une manière de voir y compris par exemple la non dualité : il s'agit juste d'une boîte à outils ou de moyen de partager une sensibilité (poétique) dont l'enfant peut user s'il le désire pour ne pas se faire engrener dans la mécanique ; il ne s'agit pas encore une fois de s'enfermer dans telle croyance mentale en niant telle possibilité ou au contraire en affirmant telle réalité sans en faire du tout aucune expérience.L'éducation ainsi entendue est clairement en opposition avec n'importe quelle attitude religieuse.

Plus on s'approche du continent perdu de l'âme, plus on peut aider les plus jeunes âmes à se trouver au cœur de l'humanité. Il ne s'agit pas d'une manière de penser mais d'une aspiration au cœur de la conscience pure. C'est un monde paradoxal où la plénitude de la conscience se découvre un besoin d'être, une soif de conscience encore plus ample.

Le monde de l'âme, le monde psychique vraiment libre du monde psychologique qui ne trouvera jamais de solution en lui-même est une dimension spirituelle que l'éducation de demain devra sans aucun doute découvrir si elle veut s'accomplir.

Pour l'instant à ma connaissance la tentative qu'est L'école du progrès telle qu'elle a été développée autour de Mère et Sri Aurobindo reste l'une des rares après certainement l'Académie platonicienne à souligner le rôle central de l'âme (principe d'individualisation au cœur de la conscience pure) qui donnerait tout son sens à une éducation de la pensée, de l'intelligence émotionnelle et de la maîtrise d'un corps en vue ensuite de lui offrir la capacité d'une évolution de la conscience par delà les limites de la conscience ordinaire humaine.
 

jeudi 26 décembre 2013

L'EVEIL DU VOIR AUTOCREATEUR AVEC DOUGLAS HARDING ECLAIRE LE DEBAT ENTRE LIBRE-CHOIX ET DETERMINISME. Libre-arbitre comme participation à la liberté absolue. Episode 2.

 
Dessin de Gabriel Durand

On consultera notre première réflexion sur ce thème qui pose les bases de notre questionnement.

Un tableau sur la question spirituelle et le débat libre-choix/déterminisme.

On oppose souvent liberté et déterminisme dans la spiritualité. Au-delà d'un débat philosophique à coup d'arguments, nous envisagerons les pratiques spirituelles en jeu quand on évoque soit le libre-choix, soit le déterminisme.

Pour les uns, l'éveil spirituel ne peut prendre place qu'en reconnaissant le déterminisme pour s'en libérer. Pour les autres, c'est d'abord et avant tout un acte libre par excellence : il faut se convertir, choisir de de retourner son attention vers l'intérieur. Dans cette approche, il y a en jeu un choix radical à l'intime de nous-même pour que s'éveille l'intériorité en nous.

Pour aller vite sur les positions philosophiques des uns et des autres, une première approche consiste à dire qu'on retrouve d'un côté des spiritualités orientales (se réclamant du vedantisme ou du bouddhisme) insistant sur nos mécanismes égocentriques illusoires pour découvrir la seule position intérieure non illusoire et des spiritualités occidentales (au sens large) mettant en avant la participation de la personne à sa divinisation en Dieu.
Bien entendu, cette première approche reste caricaturale. En occident, les stoïciens dans une certaine mesure et Spinoza plus encore penchent vers le déterminisme. Les monothéistes affirment le libre-arbitre mais admettent une prédestination divine qui inclut des grâces corrigeant les failles de la liberté induites par un mésusage du libre-choix. Dans la notion de karma, propre aux spiritualités orientales, il y a une place pour une responsabilité personnelle dont ne rendrait pas compte une doctrine centrée strictement sur une mécanique impersonnelle.

L’éveil spirituel met en jeu de façon nécessaire une connaissance libératrice.

Pour connaître le point de vue qui nous libère de tout ce qui détermine, il faut le comprendre et le connaître. La libération de ce point de vue n'est pas prioritairement un choix mais une prise de conscience libératrice d'une illusion sur soi-même.
Je peux imaginer ce point de vue libérateur, le fantasmer et partager des opinions à son sujet. Mais alors j'en suis très loin. Douter de mes imaginations et de mes opinions souvent citées, imitées et déformées revient à devenir ma propre autorité. Prendre conscience de la vérité de ceci est en un premier temps une forme de libération au niveau de la pensée.
Ceci dit, il faut bien admettre que le plus souvent ce sont des passions qui nous meuvent en dépit du bon sens ou que ce dont des émotions produites en nous par des circonstances qui nous emportent. Modifier par la connaissance et le doute des pensées ne suffit donc pas à nous libérer radicalement. La raison nous permet de reconnaître que nous sommes déterminés mais elle n'est encore pas le point de vue libérateur.

Je peux raisonner au sujet du point de vue libérateur, je peux penser ce qu'il n'est pas ; mais aussi rigoureuse soient mes analyses et interprétations, je ne le connais pas encore de première main. Douter de la pensée évite de simplement penser-voir ou voir-penser (au sens de mêler indument des sensations et des pensées).

Stephen Jourdain (qui défend fortement le libre-arbitre au cœur de l'éveil spirituel) écrit à ce sujet dans La bienheureuse solitude de l'âme :
Steve : Mais je ne peux pas "voir-penser" ou "penser-voir". Cela, ça n'existe pas - c'est une monstruosité.
Question : Nous n'avons jamais une vision directe de l'arbre ni d'aucune chose, nous ne savons que voir-penser !
Par contre penser-voir me laisse perplexe. Ça représente quoi ?
Steve : C'est plus subtil à déceler en soi, mais tout aussi grave que voir-penser. Dans ce dernier cas, on surimpose un voile de pensée sur la sensation pure. Dans l'autre, on surimpose un voile de sensation sur la pensé pure.

[Par exemple la pensée "j'ai mal" se renchérit de douleur alors que la pensée ne peut pas avoir mal (l'exemple est de nous)] 
Mais ce doute ainsi développé s'il reste fruit de l'activité pensante ou l'activité sentante ne parviendra pas à nous libérer.

Je connais quand "je" vois singulièrement sans voile c'est-à-dire quand je distingue pensées, sensations et émotions dans la perception. Ici le voir est donc une perception consciente qui enveloppe d'une part les pensées et d'autre part les sensations (le voir sensitif dont on parlait précédemment). On comprendra que le "je" usuel en tant que processus mental et émotionnel C'est le voir perceptif lui-même qui constitue l'essence de la connaissance la plus authentique qui me libère de tout ce qui me détermine. C'est ce voir perceptif dans lequel je dois me laisser enfin voir pour poser un pas sur le chemin de la libération. Aucun doute sur ce point.
La libération consiste en un voir qui précède nos compréhensions usuelles. Ce voir perceptif se réalise en nous donnant la lumière qui nous désillusionne de l'ignorance du voir dans laquelle nous vivions.

Douglas Harding nous propose des expériences permettant de découvrir ce voir toujours déjà là. Il s'agit d'une reconnaissance peut-être plus que d'une connaissance au sens usuel. Douglas Harding nous invite par exemple à observer ce que nous voyons ici et maintenant de nous-même sans accoler aucune représentation au fait qui se présente. La photographie suivante en première personne y correspond assez bien :

A l'instant présent, se constate l'absence de notre tête et de notre visage dans le champ visuel. L'espace du champ de vision s'étend à gauche et à droite bien au-delà de nos sensations tactiles. Et il faut l'admettre le champ de conscience va au-delà de tout le champ visuel.

Au centre de moi-même, à 0 distance de ce que je suis, est-ce que je trouve ma personne, mon ego ? En fait au centre de moi-même, il y a un presque rien de conscience en lequel tout apparaît : sensations, pensées, émotions et y compris ma personne qui ne trône plus faussement au centre de la conscience.

La lumière de ce presque rien de conscience éclaire donc toute chose. Ma pensée ne parvient pas à englober ce presque rien, elle est vue en cette pure lumière consciente. Et si je me maintiens dans cette ouverture, lorsqu'une émotion surgit ou lorsqu'une passion nous emporte, pouvons-nous être submergé en profondeur ? En prenant refuge dans la lumière de ce presque rien de conscience, ne trouvons-nous pas un havre de paix intangible ?

Cette reconnaissance a été motivée dans le récit préparatoire précédent par le désir de se libérer de la mécanique déterministe. En tant que telle cette reconnaissance de la conscience au centre par cette même conscience au centre transcende amplement un simple questionnement sur le déterminisme de l'ego. Cette reconnaissance révèle et corrige d'un même geste l'erreur et l'ignorance de la conscience égocentrique qui veut mettre l'ego au centre. 

La transformation de la personne dans la lumière de l'éveil met en jeu un choix personnel car la seule (re)connaissance de notre intériorité essentielle est insuffisante.

Une fois l'éveil du voir ayant percé à un instant, il peut y avoir des pensées et des émotions oublieuses du voir perceptif, il peut demeurer des opinions et des imaginations actives qui nous en écarte. Le voir perceptif qui s'est fait jour au travers d'une expérience momentanée n'est pas éveillé à lui-même instant après instant. L'ego peut demeurer par certaines de ses facettes dans l'ombre de la lumière transformatrice du voir. L'illusion et l'ignorance ont connues une trouée, une échappée libératrice. Mais le nuage brumeux, l'obscurité, etc. qui les caractérisent peuvent reprendre le dessus. L'intensité de la lumière propre à l'éveil du voir pour la personne peut donc varier même si la présence de cette lumière à elle-même, elle, ne varie pas. [Ceci induit une conception de l'éveil qui ne se contente pas d'être impersonnel ou qui affirme qu'une fois réalisé tout devenir cesse, qu'il n'y a plus rien à intégrer]

Si le geste de l'éveil au voir a été reconnu, ne sommes-nous pas capables de le réitérer ? Ne suffit-il pas de réitérer par le souvenir ce simple geste de retourner son attention vers le point de vue intérieur où tout paraît ? L'erreur de la position égocentrique de l'ego ignorante du centre véritable de l'être peut être systématiquement combattu par ce retournement vers l'intérieur, un choix de conversion du regard intérieur.

L'éveil au voir perceptif est une reconnaissance libératrice pouvant mettre en jeu en amont la connaissance de déterminismes. En aval de l'éveil au voir, la transformation dans le voir ne met-elle pas davantage en jeu un libre choix entre libre-arbitre et serf-arbitre ? Plus nous vivrons dans la lumière intérieure plus notre arbitre sera libre, plus nous négligerons cette lumière intérieur plus notre arbitre sera enchaîné à des penchants mécaniques.

L'éveil ne devient transformation de la personne que relié à une question de choix égoïque ou personnel si l'on préfère.
Nous avons le choix d'avoir foi ou non en cette vision qui s'est éveillée, nous avons le choix d'espérer ou non une transformation de notre personne en cette vision. Nous avons le choix d'aimer avec nos préférences individuelles ou d'aimer de l'amour même issu de cette vision. 
Délibérer revient à ne pas choisir. Douter de l'essentialité du pur voir perceptif revient déjà à choisir la non-vision en prolongeant le voir penser et le penser voir caractéristique de l'ego égocentrique.
Cette approche du pur voir perceptif comme lié à notre choix personnel le plus radical et intime nous fait revenir aux fameuses vertus théologales chrétiennes que sont amour, foi et espérance.

La liberté se joue à chaque pensée, à chaque émotion, en regard de chaque désir et sensations, etc. Vais-je me laisser voir en mes pensées limitantes jusqu'à me laisser transformer ou bien me laisser happer dans le voir-penser ou le penser-voir ? Vais-je me laisser submerger par l'émotion balançant entre refoulement et justification erronées ou bien vais-je m'abandonner intérieurement à son ressenti en plénitude dans le pur voir perceptif ? Etc.


Fénelon a repéré un enjeu pratique dans le rapport du moi à sa liberté qui permet de saisir les enjeux de notre approche :
Je ne m'étonne point de ce que Dieu permet que vous fassiez des fautes dans le temps même des ferveurs et du recueillement où vous voudriez le moins en faire. La Providence qui permet ces fautes est une des grâces que Dieu vous fait en ce temps-là ; car Dieu ne permet ces fautes que pour vous faire sentir votre impuissance de vous corriger par vous-même. Qu'y a-t-il de plus convenable à la grâce que de vous désabuser de vous-même, et de vous réduire à recourir sans cesse en toute humilité à Dieu ? Profitez de vos fautes, et elles serviront plus, en vous rabaissant à vos propres yeux, que vos bonnes œuvres en vous consolant. Les fautes sont toujours fautes ; mais elles vous mettent dans un état de confusion et de retour à Dieu qui nous fait un grand bien (VIII, 551 cité in François Varillon, Fénelon ou le pur amour)
Si Dieu est interprété ici comme la liberté absolue auto-créatrice à laquelle nous participons plus ou moins consciemment, la faute qui nous détermine en tant que mécanisme d'inconscience devient l'opportunité de quitter une nouvelle fois l'égocentrisme ignorant pour nous laisser transformer dans l’œil divin qu'est le pur voir perceptif.
Reconnaître Cela qui nous éveille au meilleur ne revient-il pas simultanément à nous libérer de ce qui peut nous déterminer tant que nous l'ignorons et à choisir la liberté du voir perceptif qui enveloppe pensées, sensations et émotions au lieu de rester enfermé dans le penser voir (sensitif et émotif) ou le voir (sensitif) penser ?

Bilan et retour au débat libre-choix/déterminisme par rapport à la pratique spirituelle :

En aval de la percée du voir, le rôle d'un choix personnel de participer ou non à l'activité transformatrice de la lumière de la pure conscience nous est apparu indéniable.
En amont de cette percée, nous avons beaucoup insisté sur la (re)connaissance libératrice qui donne davantage crédit à l'approche déterministe.

A la croisée de l'aval et de l'amont, il y a selon nous superposition de la prise de conscience libératrice de l'illusion et acte personnel de participation à la liberté absolue auto-créatrice.

Mais en ce qui concerne l'amont de la percée authentique du voir dans la conscience personnelle ordinaire, n'y a-t-il pas déjà en jeu le choix pour le serf-arbitre ou le libre-arbitre qui prolonge ou renforce la mécanique déterministe ? Le mauvais choix enfonce dans l'inconscience et le bon choix nous rapproche du saut vers la source même de la perception consciente. Notre réflexion nous amène donc à reconsidérer en amont le libre-arbitre se superposant au déterminisme. [à suivre donc]

En aval, l'éveil s'exprimant dans un contexte culturel mental, n'y a-t-il pas des déterminations constitutive d'un inconnaissance par ignorance de ce qu'est en profondeur la conscience et qui font obstacle à sa pleine révélation ? Le libre-choix de l'ego humain n'est-il pas un peu comme la liberté de mouvement d'une mouche ? Une mouche va vers la droite ou vers la gauche librement mais parfois se cogne à une limite inconnaissable jusqu'à ce par hasard volant dans une direction, elle ne la rencontre plus. Nous, plus conscients qu'elle, libre de ses limites, savons qu'elle s'est heurtée à une vitre. Elle l'ignore. C'est une ignorance due à son être même de mouche. La lumière de la conscience à travers elle ignore ce qu'est une vitre même si la lumière de la conscience parce qu'il y a perception de la mouche et libre mouvement peut y être consciente.

La liberté de l'ego lui permet sans aucun doute de participer consciemment à sa transformation éthique en un être d'amour et de compassion mais cette transformation spirituelle est certainement insuffisante pour participer pleinement consciemment à une évolution de la conscience humaine elle-même. En tant qu'être humain, nous pouvons être conscient que la lumière essentielle de la conscience est auto-créatrice mais notre pensée et nos sentiments ne nous permettent pas d'y participer consciemment pleinement si eux-mêmes représentent les limitations mêmes de notre humanité.

Il y a un "je ne sais pas" spiritualiste qui commence par être un acte juste d'humilité mais qui malheureusement finit par s’avérer être la continuation en bonne et due forme des limites de notre espèce sans autre question.

Conscient d'une insatisfaction vis-à-vis de ce déterminisme plus fondamental, conscient d'une aspiration mystérieuse qui ne peut se satisfaire d'une paix intérieure intangible, l'aventure de l'éveil commence à s'ouvrir véritablement à une aventure évolutive. Il ne s'agit en rien de renoncer à la paix de la vision de la lumière intérieure mais il s'agit de s'ouvrir à la possibilité que la ténèbre lumineuse qui lui est propre recèle des possibilités d'être que nous ignorons encore mais que nous pouvons participer à libérer en intensifiant notre aspiration, en la dégageant de la gangue de nos habitudes trop humaines.

Dessin de Gabriel Durand 2013
Quelques enjeux critiques de notre approche dans le champ de la spiritualité contemporaine.

Invoquer que le corps-esprit individuel est soumis au déterminisme même si se réalise l'éveil comme Balsekar ou Wayne Liquorman l'affirment nous paraît permettre de justifier le pire au nom de l'éveil. Mais ne pas voir qu'en un sens notre corps-esprit individuel est prédestiné par la conscience absolue auto-créatrice serait aussi une erreur.

Les héritiers de Prajnanpad et d'Arnaud Desjardins ne tombent pas dans un piège aussi grossier puisqu'ils entendent respecter un ordre éthique en n'agissant pas en dessous de leur dignité mais dès lors ne faudrait-il pas qu'ils brisent la forteresse mentale qu'est elle-même une théorie du déterminisme non questionnée ? Cette théorie ne conduit-elle pas les tenants de cette théorie à éloigner l'expérience de la lumière de l'éveil pourtant si proche et si simple à obtenir ? Pour nous, la transformation spirituelle, si elle commence avant l'expérience de la lumière de l’éveil, n'est qu'un balbutiement, ce ne sont que des changements au sein d'un position égocentrique d'un ego qu'on espère de plus en plus sain pour atteindre le véritable éveil. Cette approche progressive même si elle promet un saut final s'inscrit dans le mythique "beaucoup d'appelés et peu d'élus". Si on part de l'éveil directement, la relation maître-disciple est totalement différente voire totalement transmutée car dans le contexte d'un partage autour du pur voir perceptif, il ne peut y avoir au sens profond qu'une amitié spirituelle fondée sur une égalité originelle dans la vision de l'essentiel. L'ami spirituel nous ramène au pur voir, nous partageons avec lui l'essentiel, il ne saurait y avoir avec lui aucune inégalité même si en terme de mûrissement l'ami l'est nettement plus. A ce propos, celui qui est plus mûr sur un aspect de sa personne est entendu plus aisément si l'on écoute depuis le pur voir. Et il convient de rappeler que le plus mûr n'est pas toujours celui qui transmet de manière la plus brillante le geste de l'éveil. Donc comme l'éveil ne garantit pas notre maturité humaine, croisant de nouveau les apports de Prajnanpad et Desjardins, il s'agit de se méfier de nous et de ceux qui ayant reconnu le pur voir s'identifie au maître intérieur en refusant de reconnaître que le disciple du maître intérieur demeure essentiel pour se transformer en sa lumière à l'aide de tous ses reflets mondains que sont les paroles de nos amis plus centrés que nous sur un aspect d'humanité.
 
Stephen Jourdain insistait lui beaucoup sur un choix originaire défaillant en nous qu'il nous fallait redresser dans le geste d'éveil. Mais ce geste incluait-il un mûrissement de sa personne elle-même ? Il y a une dimension tragique du mûrissement dans la lumière de l'éveil qu'il n'a peut-être aperçu que sur le tard, d'après ce que nous en dit Gilles Farcet dans Sur la route spirituelle. Le geste d'éveil est à réitérer et surtout si une part de nous se refuse à sa lumière transformatrice mais ce geste de liberté ne doit pas être un geste de sécession vis-à-vis d'autrui. Stephen Jourdain s'est toujours méfié du terme non-dualité mais la non-dualité dans le sens le plus noble n'est pas étrangère à une ouverture dans le dialogue. Le geste de désidentification, choix pour la liberté libre de toute identification, peut entendre l'ouverture qui se propose dans le dialogue : aucun terme n'est définitivement galvaudé y compris celui de non-dualité sinon c'est le retour du dogmatisme et le surgissement d'une non-liberté. Par le dialogue l'éveil s'ouvre à une dimension cosmique qui le conditionne et pas seulement une dimension personnelle ou transpersonnelle admirant l’œuvre cosmique au côté de son créateur. La liberté individuelle est étroitement liée à sa constitution lucide mais aussi en partie inconsciente inscrite dans le moule offert par le corps cosmique et son devenir. Le choix du pur voir perceptif créateur ne nous arrache jamais au déterminisme cosmique qui à la fois le conditionne, le filtre dans certaines limites ou encore l'amène à s'ouvrir davantage. Un geste de liberté n'est pas qu'un choix mais aussi un geste d'ouverture et d'aspiration, un besoin d'être (plus) jamais satisfait de l'expérience d'être qu'il est.

Enfin, souligner la clarté d'intention, vouloir être libre plus que toute autre chose, etc. risque de nous détourner ce à quoi il nous faire face à savoir nos mécanismes inconscients. Notre libre-arbitre ne fonctionne jamais à 100% parce que notre participation à la liberté absolue auto-créatrice ne peut être qu'imparfaite tant que nous serons dans un mental humain. Nous touchons ici à une des limites du mouvement intégral et son éveil évolutionnaire qui n'entend pas vraiment ce que pourrait être un saut évolutif de conscience. S'affirmer comme un leader évolutif apparaît quelque peu trop humain pour être crédible. Là encore il y a beaucoup d'inconscience. Mais un Andrew Cohen qui n'était pas à l’abri de l'autoritarisme justifié par son leadership évolutif paraît assez sincère pour entendre sur ce point ses propres disciples et  a affirmé vouloir exploré ce point.

mercredi 4 décembre 2013

LE PROBLEME DU LIBRE ARBITRE TEL QU'IL SE POSE A LA LUMIERE DE LA LIBERTE AUTOCREATRICE ABSOLUE. Libre-arbitre comme participation à la liberté absolue (épisode 1).

Les termes courant du débat déterminisme/libre arbitre.

Voici un résumé des positions sur le débat autour du libre-arbitre et du déterminisme qu'on trouve dans l'article free-will de la page Wikipédia anglo-saxonne :
Cette régionalisation des positions réduit les multiples positions philosophiques possibles :


Une phénoménologie rigoureuse de la conscience alliée à la prise en compte des faits matériels réduit selon nous ces possibilités.

Tout d'abord, nos connaissances scientifiques nous amènent à admettre que le fait de l'indéterminisme s'enroule sur le fait du déterminisme.

Considérons le fait indéterministe. Il a été largement démontré par la science contemporaine à l'encontre d'un modèle hyper-déterministe type démon de Laplace qui renseigné sur toutes les conditions initiales à un certain temps t0 pourrait prédire toutes les conditions à chaque instant t0+t.
Le fait indéterministe se distingue d'un probabilisme statistique concernant des objets car il met en jeu non seulement l'objet mais l'instrument de mesure et l'observateur.
On peut estimer que ce qui est vrai au niveau microphysique vaut en un certain sens aux niveaux macro-physiques puisque une émergence y est envisageable.

Nous allons montrer que l'indéterminisme est une condition nécessaire de la liberté.

Considérons d'abord une expérience de pensée proposée par Peter van Inwagen.
Si on revenait en arrière dans le temps par une sorte de replay, l'acte de choisir librement sans être déterminé aboutira à d'autres suites d'événements que ceux observés lors du premier passage. Chaque replay ouvrira une série d'événements nouveaux.
Cantonnons-nous à un choix à 2 options. Plus on ferait de replay plus on devrait observer une situation semblable à une probabilité d'avoir à tant de pour-cents tel choix et à tant de pour-cents tel autre choix.
Ceci est une expérience de pensée qui nous fait voir qu'un choix libre non déterminé se présente comme une situation d'indéterminisme fondamental.

Prenons quelqu'un à qui dans une pièce est demandé de choisir toutes les minutes d'appuyer sur un bouton lumière verte ou un bouton lumière rouge. Dans une salle adjacente où les lumières rouge et vertes s'allument, ne pourrait-on pas faire des paris considérant qu'il y a hasard ? Du point de vue de son intériorité le sujet qui choisit d'appuyer sur tel ou tel bouton pourrait affirmer choisir librement et du point de vue extérieur on aurait une situation d'indéterminisme. A l'inverse si dans la salle on découvrait une suite d'éclairages vert ou rouge obéissant à des lois, l'impression de libre choix devrait être considérée comme illusoire.

Cependant cette deuxième expérience se rapproche de l'expérience de Benjamin Libet (résumé ici par le site automates intelligents) :
Diverses observations semblent confirmer l'hypothèse du caractère illusoire de la décision volontaire. On peut citer celle, aujourd'hui très connue et commentée, des neurobiologistes Benjamin Libet et Bertram Ferstein de l'Université de Californie. On demande à un sujet de plier un doigt volontairement, en indiquant précisément à quel moment il prend la décision d'accomplir ce mouvement. Des appareillages adéquats enregistrent le temps mis entre l'annonce de la décision et la réponse du motoneurone et du muscle concerné, soit environ 200 millisecondes, ce qui est normal. En revanche, environ une demi-seconde avant l'annonce de cette décision, des enregistreurs placés sur le crâne du même sujet notent une activité électrique neuronale dans l'aire du cerveau en charge de la prise et de l'exécution de la décision. Ceci peut être interprété comme le fait que l'action précède la conscience, d'un temps considérable. Il y a donc quelque facteur en amont de la décision consciente qui provoque son déclenchement. Faut-il en déduire que nous sommes des automates, et que l'impression de libre arbitre n'est qu'une illusion ?

L'expérience de Libet suggère que l'indéterminisme peut être incompatible avec tout libre-arbitre. Toutefois à partir des deux expériences précédentes (le replay et le jeu des lumières verte et rouge), nous pouvons au moins conclure qu'un indéterminisme observé extérieurement est la condition nécessaire d'une impression intérieure non illusoire de libre choix.

Une condition nécessaire n'est pas une condition suffisante. L'expérience de Libet suggère l'existence d'un mécanisme indéterministe qui par sa mécanique fait pencher quelque chose aléatoirement d'un côté ou l'autre sans que la chose soit libre d'effectuer des choix conscients non causés inconsciemment.

Spinoza a suggéré qu'une pierre à qui une impulsion aurait été donnée, devenant consciente de cette impulsion devenue sa force propre pourrait croire se mouvoir volontairement librement alors que sa volonté ne serait pas libre, l'impulsion lui ayant été transmise de se mouvoir en tel sens avant qu'elle en soit consciente. Imaginons maintenant un mécanisme indéterministe prenant conscience de soi : ne serait-il pas encore plus facilement victime d'une illusion comparable à la pierre lancée, dans la mesure où il observerait en lui une indétermination se déterminant ? L'existence d'un coup de dé ne prouve pas le libre choix, si ce coup de dé nous détermine à telle option.

Donc si l'indéterminisme est la condition nécessaire d'un libre choix, il n'en est pas la condition suffisante.

Pour que l'indéterminisme ne s'oppose pas à un libre choix, il faudrait qu'il ne soit pas extérieur à la conscience et que de cet extérieur il la détermine, il faudrait qu'il soit le fruit même de la conscience.

Il est vrai que la conscience individuelle ne peut guère prétendre envelopper en son sein l'indéterminisme. Mais reconnaissons que tout ce qui apparaît y compris notre conscience de soi personnelle apparaît dans une conscience pure.

Rien n'est jamais apparu en dehors de cette conscience pure y compris notre conscience individuelle. L’œil même du savant qui se dit matérialiste n'est pas un œil matériel, c'est un œil au sens figuré de conscience pure.
Du point de vue de cette conscience pure universelle et unique en laquelle toute conscience individuelle s'étend, l'indéterminisme observé sera la vision d'une libre création, d'une auto-création dont nous sommes co-auteurs.
La vision en première personne, à laquelle nous invite Douglas Harding entre autres, nous met donc en contact avec une liberté absolue.
La conscience pure ne fait pas de choix : elle recrée instant après instant à l'identique ce qui apparaît en elle et elle innove tout en recréant.

Considérons la position du problème de l'existence ou non du libre-arbitre une fois que s'est éveillée la liberté auto-créatrice de l'absolu dans l'intériorité du sujet. 

Quand on me demande d'allumer au choix la lumière verte ou la lumière rouge,  le choix qui surgit préférentiellement dans la conscience est vu surgissant de la conscience pure et non du sens individuel qui s'y ressent au premier plan. Or je suis en profondeur conscience pure plus que ce sens individuel qui s'y montre au premier plan. Ce qui émerge dans la conscience pure est de l'être même dont surgit la conscience pure. Le voile de lumière ténébreuse de la conscience pure pour le sens individuel ne recouvre que la liberté absolue et autocréatrice du tout. Si le sens individuel adhère à celle-ci, comment pourrions-nous dire qu'il en est déterminé ? Si la conscience veut du hasard du point de vue du sens individuel, pourquoi ne demeurerait-elle pas libre ? Par ailleurs Libet lui-même nuançait son expérience en évoquant la possibilité d'un veto accessible au sens individuel de la conscience. C'est en revenant à ce presque rien de la conscience pure que par participation le sens individuel peut se désidentifier d'un mouvement intérieur vu alors comme un mécanisme à transformer. Le sens individuel par son veto appelle une autre manière d'être du sein de la conscience pure. Et parfois ce mouvement avant de pouvoir de s'exprimer devient une virtualité dont l'énergie est exploitée pour un autre mouvement. 

Les questions autour du libre choix ou du déterminisme se déplacent donc :

- Après cet éveil à la liberté absolue auto-créatrice de la conscience pure, la dimension égoïque du sujet qui demeure dans cette conscience pure participe-t-elle ou non de cette liberté absolue ? Autrement dit l'ego, ce sens individuel de la conscience, persiste-t-il comme phénomène relatif agissant inexorablement selon l'absolu qui le détermine ? Ou bien malgré le fait que sa réalité soit relative le sens individuel de la conscience s'ouvre-t-il à de nouvelles manières d'être davantage soi par la grâce de la liberté absolue à la quelle il peut participer de plus en plus consciemment ?

[On trouvera ici dans notre épisode 2 sur Le libre-arbitre comme participation à la liberté absolue une approche prenant en charge ce questionnement]

- Avant cet éveil de la liberté absolue auto-créatrice, y a-t-il une forme de libre choix quelconque de l'ego d'un sujet qui ignore encore la conscience pure dont il tire pourtant la possibilité même de sa conscience individuelle ? Ou dans le geste retour à cette liberté auto-créatrice alors qu'elle était plus ou moins oubliée et ignorée, y a-t-il une forme de choix personnel ?

vendredi 20 septembre 2013

L'ETHIQUE SPIRITUALISTE AU-DELA DU DEONTOLOGISME ET DU CONSEQUENTIALISME.

MORALE DEONTOLOGIQUE OU MORALE CONSEQUENTIALISTE ?

Les  morales déontologiques dont les plus connues sont les morales néo-kantiennes sont des morales rationnelles qui examinent la question de devoirs garantissant à nos intentions d'être bonnes. Les morales conséquentialistes dont les plus connues sont les morales utilitaristes estiment que le critère de moralité n'est pas tant un critère de justesse en soi de nos intentions que d'un examen des effets recherchées de nos intentions.

On peut reprocher aux morales conséquentialistes de ne pas permettre d'établir la fidélité à une promesse puisque juger des conséquences les plus favorables pour tous peut remettre en cause selon les circonstances la seule considération de la justesse de l'intention qu'exige une promesse. Ainsi le déontologisme devrait prévaloir sur toute approche conséquentialiste.

Cependant Benjamin Constant a contesté le déontologisme de Kant qui l'amenait à conclure qu'on ne doit jamais mentir puisqu'une telle intention ne peut valoir pour tous, partout et toujours vu qu'elle saperait alors toute vie sociale. Il écrit ainsi :
Un philosophe allemand va jusqu'à prétendre qu'envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu'ils poursuivent n'est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime.  
Le conséquentialisme ne pourrait-il pas compléter le déontologisme ? Si on considère les effets du mensonge par rapport aux intentions  des assassins, on peut légitimer le mensonge en l’occurrence en jugeant que par ses effets il diminuerait le mal.
Toutefois il ne faut pas occulter qu'il y a un choc qui demeure entre logique déontologique et logique conséquentialiste. 

Le déontologisme en morale considère donc ce qui est bien dans l'intention. De ce point de vue, recourir au cannibalisme pour survivre n'est pas acceptable. Cela revient à cumuler meurtre et idée du sacrifice d'innocent(s) pour le salut de tous.
Le conséquentialisme moral par contre considèrera par exemple dans quelle mesure telle action contribue ou non à la maximisation du bien-être du plus grand nombre. Il paraîtra moral que l'un se sacrifie pour que les autres survivent dès lors que ce sacrifié sera par exemple choisi au hasard parmi tous les présents, tous volontaires pour assumer ce tirage au sort.
Sur un radeau perdu au milieu de l'océan si le déontologisme l'emporte, on préférera tous mourir que devoir consentir au cannibalisme. Car le déontologisme admet un sacrifice librement consenti mais il refuse qu'il conduise au cannibalisme. Par contre si le conséquentialisme l'emporte on se résoudra à manger les morts ou à tirer au sort pour que l'un soit mangé...

Ce tableau suggère par ailleurs qu'un déontologisme complété par du conséquentialisme peut rompre en profondeur avec le déontologisme. Si on comprend que l'acceptation conséquentialiste d'un mensonge au nom d'un plus grand bien ne récuse pas fondamentalement le déontologisme, ne faudrait-il pas éventuellement admettre sur un radeau le cannibalisme comme un moindre mal pour sauver les survivants ?

Faut-il renoncer à l'exigence déontologique comme nous inviterait une dimension conséquentialiste ? Rien n'est moins sûr. 

Compliquons l'expérience de pensée offerte par cette histoire de survivants sur un radeau. Incluons dans notre dilemme moral la possibilité qu'on voit poindre un bateau. Assumerions-nous de pratiquer le cannibalisme alors qu'un bateau peut surgir ? Assumerait-on le fait d'avoir recouru à un tel acte alors qu'on aurait pu davantage attendre qu'un telle rencontre évite cet acte extrême ? Dans l'hypothèse possible et probable de croiser un bateau, ne faut-il pas renoncer à l'option du cannibalisme au risque cependant de mourir de faim ?

Mais dès lors pourquoi ne pas risquer de mourir de faim par exigence déontologique même il n'y a quasi aucune chance de croiser un bateau ?

Dans le cas de ce radeau nous admettrons qu'il est difficile de se prononcer du point de vue des arguments entre déontologisme et conséquentialisme ? Il semble y avoir dans cette hypothèse aucune solution pouvant concilier ces deux approches morales. Ne faut-il pas admettre alors en un sens que la plupart des dilemmes moraux ne peuvent être résolus qu'en situation ?


UN POINT DE VUE COMMUN AU DEONTOLOGISME ET AU CONSEQUENTIALISME MORAL SUR LA VALEUR DES PERSONNES.
Le don d'organe peut devenir automatique sauf si on s'y oppose formellement. Le conséquentialisme justifie cette mesure en vue de la maximisation du bonheur du plus grand nombre. Certes pour des motifs spirituels, certains pourraient envisager pour leur cadavre une autre fin. Cette décision conséquentialiste ouvrirait un espace au droit de disposer de son corps même après sa mort. Cependant même si on ne peut imposer à personne de faire le bien, on peut estimer que déjà ce corps n'appartient plus à la personne disparue si elle n'a eu aucune intention à l'égard de ce corps qu'elle n'anime plus.

On peut même encourager les gens à faire ce geste de don d'organes. La mort inéluctable peut devenir pour d'autres une source de vie plus confortable.


Cependant, cette approche plutôt conséquentialiste du don d'organe a une limite. On ne peut envisager de sacrifier de quelqu'un en bonne santé une vie même pour en sauver quatre ou cinq ? La maximisation du bonheur du plus grand nombre ne peut pas passer par un meurtre. Ceux qui ont besoin d'organes doivent attendre que les corps des donneurs potentiels soient disponibles.
Il est étrange que sur le radeau, on soit prêt éventuellement à accepter le cannibalisme alors qu'intuitivement dans ce cas on refuse le meurtre pour disposer d'un donneur d'organes ?

Quels arguments avons-nous ? Dans le cas d'un tirage au sort pour savoir qui manger, il n'y a pas asymétrie comme dans le cas d'un donneur et de ses receveurs. Dans le cas du radeau, même le sacrifié aurait pu en réchapper : la maximisation du bonheur du plus grand nombre pour être morale n'implique pas le sacrifice de tel ou tel droit de telle personne en particulier. Sans cette nuance on peut accuser l'utilitarisme de servir la stigmatisation de tel ou tel pan de la population...

LES LIMITES DU DEONTOLOGISME ET DU CONSEQUENTIALISME.

Envisageons une expérience de pensée. Imaginons qu'un tramway fou s'avance sur un rail et que nous soyons devant un aiguillage alors que sur les deux des gens ne puissent pas s'en aller.

Sur une voie, il y a 5 personnes et sur l'autre une. Dois-je intervenir en sacrifiant plutôt une victime pour sauver les 5 autres personnes ?
Du point de vue déontologique, la vie d'une personne pourtant ne vaut-elle pas autant que celle de 5 comme nous venons de le voir avec l'expérience de pensée de la greffe ?




En général, instinctivement nous choisissons d'être conséquentialiste concernant ce dilemme car à vrai dire nous ne décidons pas de tuer, ce sont les circonstances qui nous donnent le choix de sauver une ou cinq.
L'option déontologique qui inviterait à ne pas choisir aurait besoin d'un coup de pouce émotionnel pour être prise au sérieux : et si une des victimes se trouvait être ton père sans que tu puisses savoir sur quelle voie il est ? En ce cas, le mobile ne semble pas éminemment moral puisqu'il y a un intérêt affectif en jeu. Mais si vraiment chaque être humain a autant d'importance au point de vue moral que ceux qui me sont proches émotionnellement, puis-je faire ce choix en considérant seulement une quantité de personnes sauvées ? Parce qu'on ne peut pas comparer une vie qui a une valeur infinie à 5 autres qui ont tout autant une valeur infinie, d'un point de vue déontologique, il ne nous appartient donc pas de choisir.
Le raisonnement conséquentialiste pourrait cependant reprendre ses droits à condition d'estimer que la vie de mon père, d'un point de vue déontologique n'a pas plus d'importance que celles des autres. Il s'agit de sauver le plus de personnes possibles.

Enfin qu'en est-il si la victime isolée était un chercheur en médecine sur le point de finaliser un remède pouvant sauver des milliers de personne ? Être conséquentialiste ne nous amène-t-il pas à prendre en compte les conséquences les plus probables à longue échéance et non simplement les plus souhaitables dans la durée de la situation concernée ? Être conséquentialiste en ce sens le plus pragmatique ne nous pousserait-il pas à sacrifier les 5 pour en sauver des milliers grâce à cette autre vie sauvée ? Modérant le conséquentialisme le plus pragmatique par le déontologisme sur le court terme, ne faudrait-il pas malgré tout sauver ces 5 ?


Ces difficultés semblent moindres si nous passons à cet autre cas. Faut-il pousser l'homme corpulent d'un pont pour arrêter le tramway fou qui va écraser 5 personnes qui ne peuvent quitter les rails ? Déontologiquement, je ne choisis plus entre des victimes possibles mais je tue alors une personne même si c'est pour en sauver d'autres. Le point de vue conséquentialiste peut évidemment arguer que cela revient au choix précédent, que si moi j'avais été cet homme corpulent, je me serai jeté devant le tramway me sacrifiant pour l'arrêter, que son sacrifice consenti ou non n'est pas immoral du point de vue des conséquences. Mais on en revient à l'exemple précédent de la greffe sauvant 5 personnes à condition d'en tuer une contre sa volonté : il n'y a pas symétrie entre les personnes, c'est une particularité qui la rend digne de sacrifice. 

Le point de vue déontologique ne demande que le sacrifice de soi, il juge immoral qu'on impose aux autres leur sacrifice. Mais si cet homme corpulent par ses excès alimentaires a peu de temps à vivre et que parmi ces 5 hommes se joue le destin de milliers de vies humaines qu'ils auraient pu sauver ? Le conséquentialisme ne devrait-il pas l'emporter ?

Le conflit de ces morales rationnelles n'efface pas leur complémentarité en vue de se former l'opinion la plus juste mais aux interstices de cette complémentarité se jouent des choix plutôt irrationnels privilégiant telle valeur contre telle autre sans qu'elle ne soit plus fondée rationnellement. Ne faut-il pas envisager une intelligence émotionnelle libérée des attachements égocentriques ou l'accès à une intuition créatrice pour faire face à ces interstices ? Une éthique spiritualiste qui porte ces virtualités semble donc nécessaire à l'insuffisance morale.




AU-DELA DE LA MORALE, POUR UNE ETHIQUE SPIRITUALISTE.

Ruwen Ogien dans L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine écrit à propos d'une éventuelle distinction entre morale et éthique transformée en opposition :
[...] l'opposition entre l'éthique et la morale manque de clarté. Tantôt l'éthique concerne le rapport à soi et la morale le rapport à l'autre. Tantôt l'éthique est du côté du désirable, et la morale du côté de l'interdit et de l'obligatoire. Tantôt l’éthique est du côté de la critique et de l'invention, et la morale du côté de la conformité. Mais que serait une éthique qui ne serait nullement concernée par le rapport aux autres ou qui se passerait complètement des notions d'interdiction ou d'obligation ? Que serait une morale qui n'aurait aucune dimension créatrice et critique ou qui n'aurait rien de désirable ?
Mais dès lors qu'on identifierait éthique et morale invoquant leur non opposition, on négligerait ce qui malgré tout les distingue. A l'évidence la pensée de Ruwen Ogien ignore la spiritualité et ses spécificités qui légitiment la distinction entre morale et éthique. On ne peut ni ramener l'éthique spiritualiste à des croyances religieuses, ni la réduire à une éthique des vertus morales.

La morale qu'elle soit déontologique ou conséquentialiste nous indique ce qui doit être. Les faits et donc la réalité phénoménale sont à l'évidence rarement conforme à ce qui doit être. L'éthique spiritualiste entend nous tourner vers "ce qui est" source du devenir afin d'entrer en harmonie avec lui. Il ne s'agit pas de se résigner aux faits et aux réalités phénoménales contraires à la morale mais d'entrer en harmonie avec leur source non manifestée qui semble au-delà de notre catégorisation entre bien et mal. 

Du point de vue éthique, la morale ne peut être vue que comme un préambule. Regardons l’histoire zen suivante :

Les moines ici sont attachés à la morale conventionnelle qui veut que celui qui refuse de la suivre soit sanctionné. Ils menacent leur maître de le quitter au nom de ce qu'ils considèrent une exigence de justice élémentaire. La rationalité morale est du côté de l'assemblée des moines mais leur maître invoque l'exception. L'éthique dénonce le moralisme de la morale : ceux qui savent distinguer le bien du mal ne savent pas encore comprendre cet au-delà du bien et du mal qui l'objet de la quête spirituelle. La bonté éthique qui en émane est au-delà de la morale rationnelle. C'est elle qui produit l'exception à la règle de justice morale qui se voudrait universelle. Cette bonté éthique arrive à toucher le cœur du voleur et montre le manque de cœur des disciples malgré leur bon sens moral. On notera aussi la force de l'intelligence émotionnelle du maître zen car qui sait si dans une autre circonstance face à un autre décidément définitivement gâté, son geste n'aurait pas été un cuisant échec. Ce maître savait qu'il pourrait toucher le cœur de ce moine voleur non par la menace de la sanction mais bien plutôt par le pardon et la compassion.

L'histoire suivante explicite cet enjeu de l'ouverture du cœur que l'éthique spiritualiste exige de la morale en la relativisant par là-même :


Le maître zen ici a vaincu tout attachement : il ne se sent pas volé sous la menace du voleur, il répond à une demande et il entend donner au-delà à celui qui demande. Il veut au moins lui enseigner la gratitude. On remarquera que le maître zen ment au service de cette éthique spiritualiste qui, plus que l'adhésion à la morale, cherche d'abord à transmettre le pouvoir d'être libéré de tout attachement. Le conséquentialisme du maître zen n'est pas du tout celui d'un utilitariste qui trouverait nuisible de ne pas dénoncer un voleur qui nuit au bonheur matériel du plus grand nombre. L'éthique spiritualiste s'adresse en effet au soi singulier plutôt qu'à une entité déontologique "l'humanité en l'individu". Il ne s'agit pas d'une opposition stricte à la morale mais d'un dépassement du point de vue moral jugé insuffisant à lui seul.

L'histoire qui suit est peut-être encore plus significative de ce dépassement de la morale par une éthique spiritualiste :






La moralité seule ne semble pas en mesure de faire face ici à son apparente insuffisance face aux faits et aux réalités phénoménales qui la nie. On pourrait d'un point de vue moral inviter ce médecin à contester ce qui crée la cause de ces guerres incessantes. Par exemple, on peut estimer que la féodalité est un système social immoral puisqu'il induit des guerres incessantes auxquelles ce médecin contribue malgré lui à prolonger en remettant sur pied des blessés jusqu'à ce que la mort finisse par les emporter. Mais l'éthique spiritualiste montre ici une autre approche souhaitable et possible. Même si l'acte moral est un acte de Sisyphe, toujours à recommencer, jamais parachevé, l'éthique spiritualiste nous proposant d'être en harmonie avec la source de la manifestation nous permet de jouer notre rôle moral sans y mettre en jeu la question du désespoir. On brille alors de bonté un peu comme une lampe  que l'épaisseur de la nuit n'empêchera pas de briller. On a même la force éventuelle de s'opposer aux étroitesses morales de son temps.

Dans cette histoire une intuition est en jeu et non un quelconque raisonnement. Notre homme a découvert intérieurement une dimension de son esprit qui permet à sa conscience morale d'être en harmonie avec "la source de ce qui est". 


AU-DELA DE LA MORALE, POUR UNE ETHIQUE SPIRITUALISTE DE LA CONNAISSANCE DE SOI.

L'éthique concerne le rapport à soi et le rapport à l'autre mais par un changement fondamental du rapport à soi. L'éthique est du côté du désirable mais en tant qu'il s'agit d'être libre du désir. Certes que serait une morale qui n'aurait aucune dimension créatrice et critique ou qui n'aurait rien de désirable ? Mais l'éthique veut nous amener au-delà de la réflexion intellectuelle à l'expérience d'une intuition métaphysique qui change fondamentalement le rapport à soi, aux autres et au monde.
Il s'agit donc du point de vue éthique d'entreprendre le chemin d'une réelle connaissance de soi. Il ne s'agit pas seulement de se libérer de ses limites psychologiques mais des limites même de l'introspection psychologique en découvrant l'authentique perception de soi où ma personnalité, celle de l'autre, la société humaine et même notre environnement cosmique sont regardés d'une unique et égale valeur. Cette valeur infinie qui est en jeu ne fait qu'un avec la source de l'être. 
La véritable connaissance de soi est une éthique qui transcende l'opposition morale entre être et devoir être. D'ailleurs la morale s'adresse à l'ego confirmant insidieusement le fait que notre perception est centrée sur lui, qu'elle est égocentrique essentiellement. Le ressentiment moral et plus largement le moralisme sont inhérents à la conscience morale ego-centrique qui ne peut s'empêcher de manifester des formes plus ou moins subtiles d'égoïsmes dès lors qu'elle est constitutivement égocentrique. Or l'éthique spiritualiste de la connaissance de soi vise à dépasser le caractère égocentrique de la conscience. En cela il y a bien une légitimité à parler d'une éthique spiritualiste qui relativise le point de vue des morales rationnelles. 



AU-DELA DES MORALES MODERNES ET DES ETHIQUES PREMODERNES, POUR UNE ETHIQUE SPIRITUALISTE INTEGRALE.

Les morales rationnelles modernes ont bien mis en évidence les limites des éthiques eudémonistes qui ne visent guère à changer l'ordre du monde. La modernité a montré les limites des pensées somme toute encore prémodernes. Mais la spiritualité, qui n'est viscéralement attachée à aucune mentalité, peut renaître dans un contexte postmoderne qui éprouve la limite des rationalités. Cependant contrairement aux postmodernes qui dévalorisent les morales en insistant sur leur relativisme essentiel, l'éthique spiritualiste dont nous parlons ne les relativise que du point de vue d'une évolution de la conscience. L'idéal des morales rationnelles modernes de dépasser l'égoïsme individuel et collectif ne devient réalisable que du point de vue d'une éthique de la connaissance de soi réalisant une autre façon d'être conscient de soi par delà la perception ego-centrique de soi. Les rationalités morales ne sont plus opposées pour ne plus être suivies mais elles sont comme un point de départ pour enrichir l'intelligence du cœur, pour la mettre en condition d'être réceptive à des intuitions métaphysiques transcendant toute perception égo-centrique.