jeudi 21 avril 2011

POLITIQUE FICTION D'UNE DIVINISATION DE L'HUMANITE.

Il est vrai qu'il peut y avoir une royauté plus stable et donc juste que certaines de nos démocraties. Mais les royautés ou les empires ont dû faire place peu à peu à des systèmes pluralistes.

Quel serait l'enjeu spirituel d'une telle évolution sociale et politique ? Une harmonie de plus en plus consciente et développée entre la créativité individuelle et la solidarité collective. 
Autrement dit, dans un va-et-vient entre l'éternité et le temps, l'Un qui se manifeste multiple semble se chercher dans la prise de conscience de lui-même au cœur de chaque point de son autocréation multiple.

Dans un clan, une tribu, la créativité individuelle est limitée par la pression du clan pour se perpétuer. Le Seigneur de guerre, le héros mène le clan dans leur propre créativité au dépend souvent de toute solidarité...
La royauté a toujours conduit à un système social hiérarchique assez rigide. C'est à partir de la démocratie qu'on trouvera un meilleur équilibre entre solidarité collective et créativité individuelle. Liberté, égalité, fraternité, notre devise française ne traduit-elle pas un tel idéal ? Au XIXème siècle, Pierre Leroux un des rares penseurs de gauche à s'être intéressé à la spiritualité occidentale et orientale en lien à la politique est aussi l'un des premiers à avoir développer cette devise. Dans de l'humanité, il estime que chaque individu humain qui a le mouvement et la vie du sein même du divin joue en lui-même le sort de l'humanité. Car selon lui le moi individuel n'existe jamais isolé de l'humanité entière. 

 
Prendre conscience de ce point reviendrait à fonder spirituellement la fraternité qui seule réconcilie la tension entre égalité de dignité et liberté de penser, de créer ou d'entreprendre. La fraternité comme prise de conscience de notre non séparation entre moi et humanité éviterait les dérives socialistes et libérales.



Sri Aurobindo lui même attachait beaucoup d’importance aux valeurs révolutionnaires, exprimées dans la devise : «Liberté, Egalité, Fraternité» qu’il commentait de la manière suivante :
« Les révolutionnaires français étaient avant tout  désireux de parvenir à une liberté et à une égalité politique et sociale sans accorder d’attention suffisante à la fraternité ; c'est le manque de fraternité qui explique les lacunes de la Révolution Française. Sans l'esprit et la pratique de la fraternité, ni la liberté ni l'égalité ne peuvent être maintenues au-delà d'une brève période. Les Français ignoraient l'aspect pratique de ce principe ; ils faisaient de la liberté la base, de la fraternité la superstructure, faisant ainsi reposer le triangle sur son sommet. Car en raison de la prédominance de la Grèce et de Rome dans leur imagination, ils étaient imbibés de l'idée de liberté et n'acceptaient que pour la forme le principe chrétien et asiatique de fraternité. Ils bâtirent en fonction de ce qu'ils connaissaient, mais le triangle doit être inversé afin de pouvoir tenir d'une façon permanente »

En termes contemporain, il s'agit d'éviter la dérive ultralibérale où l'égocentrisme est confondu avec la créativité individuelle comme on doit continuer à mettre un terme aux entreprises de massification totalitaire fascistes et communistes pseudo-égalitaires.
C'est à ce niveau que la démocratie pourrait être transformée en profondeur si par hasard la spiritualité devenait plus courante entraînant une érosion de l'égocentrisme.

La volonté générale de Rousseau qui inspire notre idéal démocratique est rarement connue pour ce qu'elle est. Elle s'inspire de l'harmonie musicale : elle est la recherche d'un point de vue qui intègre chaque volonté individuelle comme le chant d'une chorale intègre chaque voix individuelle. Le tout d'une chorale sans trahir la tessiture des voix individuelles a une dimension qui n'est dans aucune des voix en particulier. 
La volonté générale n'est qu'un concept sauf peut-être dans telle équipe de sport, tel groupe musical, tel groupe humain à tel moment en face de telle situation. Mais imaginons que l'égocentrisme s'érode, que l'ouverture au pluralisme de l'Un grandisse... Imaginons que l'autorité de ceux qui facilitent diversement cette évolution soit reconnue comme source du partage de ce pouvoir collectif... Nous ne serions pas loin d'un anarchisme spirituel dont le "isme" lui-même serait sans pertinence.

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