samedi 9 avril 2011

QUALITES POUR LA VOIE SPIRITUELLE ou LA COURONNE DES VERTUS.


-->  "Quelles sont les qualités nécessaires pour la voie spirituelle ?

Douglas Harding en énonçait quelques unes :
-la capacité à être sa propre autorité, ce que je pourrais nommer l’indépendance d’esprit. Cela implique une capacité de douter et de remettre en cause ce qui est dit pour vérifier si cela est vrai pour soi.
-L’ouverture de l’esprit, c’est-à-dire une capacité à aller vers des espaces nouveaux. Une curiosité de soi et des choses. Il faut ici savoir écouter.
-L’objectivité, c’est-à-dire la volonté de voir les choses telles qu’elles sont et non pas comme on voudrait qu’elles soient. Il s’agit de revenir aux faits, non pas de les fuir dans la rêverie ou les croyances.
-la naïveté, c’est-à-dire une certaine jeunesse de l’esprit, prête à jouer et aussi à tenter de nouvelles choses. Cette naïveté ne consiste pas à prendre des vessies pour des lanternes mais c’est une capacité à s’abstraire de la mémoire, des habitudes et des préjugés. Il s’agit de retrouver un regard d’enfant, neuf et frais sur le monde.
-l’humour. Rien n’est plus étranger à la spiritualité authentique que l’esprit de sérieux. L’esprit est spirituel !
-l’audace. De l’audace, toujours de l’audace. Il faut une certaine dose de courage et d’audace en effet pour aller contre l’opinion générale et aussi pour s’aventurer au bord du vide, là où la pensée s’arrête, pour aller vers  l’inconnu en soi.
Et je rajouterai :
-un peu de bonté. De la bonté envers soi, les autres et le monde. Car sans bonté, comment accepter de s’ouvrir à la non-dualité qui va effacer la frontière entre soi et le monde, qui va nous unir à tout ?
José Le Roy"

Commentaire :
Est-ce poser des conditions à l’efficacité de la voie directe ? Mais pourrait-on limiter la manifestation consciente de la lumière de l’éveil au nom de vertus ? Est-ce là le retour malgré tout à l’idée d’une voie progressive préparant au saut final de l’éveil ?

Je remarque que ces qualités sont inhérentes à la lumière même de la conscience pure.

1 – Cette lumière n’est-elle pas radicalement indépendante de ce qu’elle fait émerger en elle ?

2 – Cette lumière n’est-elle pas aperçue dans l’ouverture où toutes les perceptions sont accueillies sans jugement ?

3 – Cette lumière ne peut pas s’auto-illusionner, c’est dans l’évidence de cette lumière que surgit toute évidence objective.  Elle est donc l’évidence de toute évidence objective. Elle est objectivité pure.

4 – En cette lumière le monde surgit à chaque instant dans son commencement. Cette lumière est l’innocence même.

5 – Cette lumière voit du sérieux dans le non sérieux de l’enfant et du non sérieux dans le sérieux affecté de l’adulte. Elle se rit de toutes les valeurs humaines. Elle est humour.

6 – De quoi aurait peur cette lumière ? Toute audace dans le monde ne s’enracine-t-elle pas dans cette lumière même ?

7 – Quant à la bonté, cette lumière qui ne juge personne et vivifie tout le monde sans considération de sa valeur morale n’est-elle pas la racine de toute bonté qui se manifeste à travers les personnes ?

Ainsi toutes les vertus que Douglas Harding et José Le Roy estiment préparatoires à l’éveil se manifestent pleinement quand la lumière de l’esprit s’empare d’une personne et en fait son instrument. La lumière de l’éveil est donc le couronnement de ces vertus. En effet elle est d’une part leur accomplissement et d’autre part c’est elle qui les ordonne et les commande.

Chercher à développer ces vertus n’est certainement pas s’éloigner de la lumière de la conscience pure. Par ces dispositions l’individu reconnaîtra peut-être plus facilement la lumière de la conscience pure quand elle se présentera.

Saint Thomas d’Aquin cite saint Grégoire disant qu' « une vertu sans les autres est soit sans aucune valeur, soit imparfaite". Il nous propose une distinction qui permettra mieux de souligner en quel sens  la sagesse divine est le couronnement des vertus. Partant du fait qu’on a la vie et que Dieu est la vie, il dit que nous avons telle qualité tandis que Dieu est telle qualité. Ou dit dans les termes de Douglas Harding, le petit moi a des qualités, notre grand Moi est ces qualités.



Autrement dit notre désir d’avoir telle vertu est toujours limité car ce que j’ai, je peux le perdre. Réalisant mon lien intime avec le divin (ici nous ne discuterons pas de savoir si le divin est personnel ou impersonnel) je découvre que je participe de sa propre déité, de sa propre lumière, de ses vertus éternelles. Devenir de plus en plus conscient non seulement que nous sommes dans la lumière de la déité mais que le divin lui-même est en nous revient à réaliser dans notre humanité les qualités inhérentes au fait que le divin soit ce qu’il est.






La vision est la couronne de la vertu. Autrement dit, elle est vraiment la réalisation des vertus car avec elle, on passe enfin de l'avoir fragile à l'être de ces vertus : elle accomplit vraiment les vertus, elle est le couronnement des vertus. Et par ailleurs, elle est au-delà des vertus car elle est leur source : en ce sens elle les commande par l'autorité de sa couronne.

Du point de vue de mon individualité quand je m’efforçais d’incarner la bonté, je manquais très souvent de pertinence, mon investissement s’épuisait. Ayant découvert l’œil par lequel mon individualité émerge, je commençais à me voir en cet œil. Je ne pouvais que voir l’artifice de ma bonté. Mais découvrant que la lumière de cet œil est la lumière par laquelle j’existe individuellement, me voici surabondant de lumière et pris d’un élan de bonté, me voici de plus en plus l’instrument de la bonté. Sa lumière me comble de joie et me transporte d’amour pour ceux qui émergent dans sa lumière. Le désir individuel d’amour et de bonté ne m’a-t-il pas conduit à l’être même qui est bonté ? 

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