mercredi 20 avril 2011

VOTER REVIENT A NE PAS IGNORER LE PALIER DEMOCRATIQUE DE L'EVOLUTION DE LA CONSCIENCE.

Aujourd'hui nombre de citoyens estiment qu'il ne vaut pas la peine de voter. Ils dénoncent le semblant de démocratie, la manipulation des foules par les leaders politiques. 

Il y a là un rejet de la modernité qui à la fois a des traits postmodernes et des traits prémodernes.A vrai dire nous sommes à la frontière d'un saut évolutif dans l'évolution des consciences du point de vue de leur mentalité.

Pour eux nous sommes dans un des pires systèmes politiques ayant existé où finalement ce sont toujours les mêmes en train de magouiller qui sont au pouvoir. Certains en sont même à idéaliser le système des castes des sociétés médiévales où le soi-disant pouvoir spirituel faisait contrepoids au pouvoir temporel. Ils ont la nostalgie d'une caste dirigeante au service du peuple. 
Mais y a-t-il eu sur la terre une seule caste dirigeante au service de l'évolution de chaque individu dont elle a la responsabilité ? Il faut se souvenir que la démocratie dans son essence authentique seule autorise le pluralisme qu'il soit de mœurs, de religion ou de spiritualité. Il ne s'agit pas encore d'une politique faisant de l'évolution de la conscience individuelle et collective son objet mais n'est-ce pas un palier meilleur vers une telle politique qu'une société ordonnée, dogmatique, etc. ? La démocratie elle-seule a permis un degré d'individualisation  des êtres humains comme jamais il n'en a existé dans le passé. Bien sûr on peut dire que souvent il y a un consumérisme conformiste dominant mais si vous pouvez vraiment vous en affranchir sans être inquiété, emprisonné et persécuté par les forces de l’État, n'est-ce pas déjà beaucoup ? Entre une dérive ploutocratique et une dictature, il y a un sérieux fossé que la plupart des gens ne perçoivent plus. Certes nous n'avons pas pour la plupart une expérience vécue de la dictature. Mais ne pas faire cette distinction dénote une profonde ignorance d'un idéal vivre ensemble visant à harmoniser le sens du collectif avec l'individualisation de chaque être humain et de sa progression à travers l'histoire.



Ces réactions de désaffection de la chose politique  ignorent ce qu'est une dictature, une vraie. La dictature n'est pas la conséquence logique de la vie démocratique, c'est la tentative impossible et catastrophique de revenir aux pratiques monarchiques et théocratiques qui précédaient la démocratie. Sans une vision évolutive des organisations et une adhésion à la dynamique évolutive, on ne peut pas saisir les forces en jeu. Celui qui est nostalgique des hiérarchies passées et de la théocratie juge la catastrophe dictatoriale  comme une conséquence logique de la dégénérescence démocratique. Il ne voit pas que ce sont précisément sur une telle nostalgie que les fascismes se sont répandus à moins qu'il ne soit fasciste bien sûr car vraiment situé dans le mépris de l'individualisation des personnes et du pluralisme estimant lui-seul posséder la vérité de ce qui est et devient. D'ailleurs les communistes ennemis des fascistes sont victimes eux aussi d'une utopie sociale du passé : le messianisme et d'une caste élue par la providence (l'Histoire) pour le mener à bien. D'ailleurs le vote communiste d'avant 1989 n'est-il pas devenu le vote fascisant d'après 1989 ? Le fascisme et le communisme sont deux visions modernes qui face aux effets de désordre de la modernité envisagent un retour à des traits fondamentaux de la prémodernité.
Ma femme qui est née en Roumanie et a passé sa jeunesse sous Ceaucescu voit là dans la dénonciation de la démocratie comme dictature cachée des lubies de gosses de riches qui ignorent la chance qu'ils ont de vivre dans un monde où ils sont libre de penser, de croire et d'exprimer ce qu'ils veulent tout en ayant la garantie de ne pas manquer de chauffage, de nourriture, etc. Car nos plus pauvres ont de plus en plus l'opportunité d'échapper à cela. Une démocratie même ploutocratique est moins pire qu'une véritable dictature ; à tout point de vue. Ken Wilber essaie de faire prendre conscience aux générations des pays occidentaux d'après 1945 et qui ont donc eu 20 ans après 1968 qu'elles ont été parmi les plus chanceuses de l'histoire humaine. Elles disposent de la plus forte espérance de vie jamais enregistrées, elles ont eu un niveau d'éducation jamais encore aussi généreusement distribué, etc. A vrai dire leur égocentrisme (pas pire que celles des précédentes générations) se caractérise par un narcissisme plus fort, par une victimisation plus accentuée, etc.
 
Si nous ne voulons pas que notre démocratie soit conquise complétement par le pouvoir de l'argent ou devienne vraiment une oligarchie sécuritaire et liberticide, nous pouvons jouir de notre droit de vote et nous en servir comme levier pour écarter les hommes  et les mouvements politiques qui veulent transformer l’État en ce sens.  L'enjeu pour nous postmodernes ou même post-postmodernes est de dépasser le modernisme qui ne voit que par la croissance du profit et les intérêts égocentriques du profit et aussi la nostalgie prémoderne de ceux qui n'assument pas de s'individualiser sans norme collective précise.
Les partis et les idées d'extrême droite aujourd'hui comme ceux d'extrême gauche pour la plupart (il y a aussi une extrême gauche démocratique voire républicaine : cf Pierre Leroux, Jaurès, etc.) sont des dangers pour la vie démocratique. Mais alors faut-il voter pour les partis de la ploutocratie (du pouvoir de l'argent) ? L'offre politique est aujourd'hui plus large heureusement et peut le devenir encore plus ! Le (post)postmoderne conséquent sait par déduction qu'il ne reste plus que l'aventure de l'écologie politique, non plus centrée sur la modernité calculatrice mais axée sur une postmodernité symbiotique et conviviale. Mais déjà on sait que ce choix de l'écologie politique est limité car on sent que le postmoderne ignore précisément ce dont nous parlons d'un point de vue post-postmoderne à savoir l'évolution de la conscience et l'exploration spirituelle.
Ceux qui ne votent pas ou ne votent plus au nom de leurs considérations critiques sont la plupart du temps une énergie perdue pour réformer notre démocratie. (La vision anarchiste qui voudrait se substituer à des institutions démocratiques jugées non réformables exige une mise en pratique alternative de la fraternité qu'on voit rarement se concrétiser matériellement même chez les soi-disant anars de gauche. Seule la mise en place d'une vie collective en dehors des cadres de l’État démocratique l'obligerait s'il se prétend libéral à admettre qu'être usage et pourvoyeur de l’État doit être un choix libre. Mais au fond, on en viendrait à l'idée que l’État libéral peut et doit se réformer par des choix démocratiques qui impliquent le vote pour accepter le développement d'un anarchisme. Soit alors l’État "démocratique" montrerait qu'il n'a jamais été libéral et qu'il est viscéralement totalitaire. J'ai tendance à penser que l’État démocratique est réformable électoralement au point de servir "l'anarchisation" de notre société par une éducation individualisante et non "normalisante", par sa réduction à un organisme de redistribution d'un Revenu Minimum d'Existence, etc.). Il est facile de dire que nos politiciens sont des pourris en leur abandonnant le pouvoir et de souhaiter le chaos d'un grand soir quand le pouvoir politique aura révélé son visage abject. On remarquera qu'il est plus difficile de risquer sa vie contre un dictateur comme ce fût le cas pour des roumains fin 1989 ou avant 1989 à Brasov que d'utiliser la liberté politique démocratique pour y susciter une réforme en éduquant l'opinion. A vrai dire, nous avons là un critère pour reconnaître les grands hommes politiques, veut-on nous séduire ( on est embourbé par des traits de mentalités qui résistent à la postmodernité tout en usant de la séduction postmoderne pour les rendre désirables) ou veut-on nous éduquer (nous amener à devenir pleinement postmodernes ou déjà à l'aube du post-postmoderne ) ?
Le pire est d'entendre ces personnes qui ne votent pas dire qu'elles fuiront la France si le pouvoir devient inadmissible (le comble du narcissisme postmoderne !?!).  Leur lâcheté est confondante. Où est leur énergie pour constituer un mouvement d'opposition consistant capable de proposer une autre vision du monde et de gérer autrement la puissance d’État ? A vrai dire le mal politique qui infecte notre société est plus diffus, un peu comme les polluants dans la nature  et nos corps qui n'agissent pas directement mais par leurs effets croisés. On les sent à l'œuvre, on peut les nommer mais on ne peut pas les expulser, on ne sait pas constituer  la réponse qui en détruira l'action. Il nous faut une intelligence immunitaire en quelque sorte pour ne pas laisser se diffuser nous aussi ce mal (ces types de raisonnements sont vraiment (post)postmodernes au sens où ils ne relèvent pas de la volonté de contrôle moderne qu'on retrouve dans les discours simplistes lorgnant sur la prémodernité (FN, Parti de gauche, LO) ou les discours gestionnaires assumant la seule modernité (PS)). Au fond qui ne dit rien politiquement, consent. Des leaders spirituels comme Sri Aurobindo ont su sortir de leur retrait  apparent de la chose politique pour prendre parti en faveur de l'avenir le moins pire : lors de la deuxième guerre mondiale, Sri Aurobindo a appelé l'Inde à soutenir les alliés plutôt que les nazis par opportunisme contre la Grande Bretagne (qui à l'époque avait de l'Inde une colonie). En effet l'histoire lui a donné raison, les nazis étaient pires que tout.  
La perfection est un chemin où à la croisée du pire et du moins pire, il faut savoir faire son choix à chaque pas. Soyons honnêtes, regardons-nous. Nos complicités avec le pire de nous-même conjuguées à celle des autres est la vraie source du chaos. Mais quand nous ne sommes plus complice de la nôtre, il faut admettre le fait qui suit. Une intelligence au niveau collectif ne grandira pas d'un seul coup à moins d'une catastrophe que la sagesse et la compassion nous commandent d'éviter. 

Enfin en ce qui concerne la question du vote, nous sommes tous des usagers de l’État autant que ses pourvoyeurs de fond par les taxes et l'impôt. Nous avons besoin de l'hôpital quand nous avons une fracture, des pompiers quand nous avons le feu, des professeurs quand nous avons des enfants à éduquer, des policiers et de la justice quand nous sommes agressés, etc. Parmi ceux qui refusent d'aller voter, combien vont refuser la retraite, la sécurité sociale, la CMU, le RSA, la CAF, les allocations chômages, les bourses, etc. ?  (politiquement, nous ne  devons plus encourager l'approche moderne qui démultiplie les gestions d'aides de l'Etat. Il semblerait plus juste de signifier concrètement ce qui est en jeu : le droit pour chaque être humain de ne plus avoir à gagner sa vie comme la plupart des animaux le font en entrant en concurrence avec d'autres .) Il nous faut être conséquent. Soit nous renonçons vraiment à être des usagers de l’État et arguant de là ses pourvoyeur de fond, alors nos politiciens perdront vraiment leur pouvoir sur nous. Soit vraiment en tant qu'usagers de l’État et pourvoyeurs de fond de celui-ci, nous votons pour un type de fonctionnement  étatique et  pour le personnel politique qui nous paraît le moins pire.
A vrai dire la démocratie devrait permettre ce choix fondamental, d'être en relation ou non avec l'Etat (en dehors des questions de justice bien sûr). On pourrait même imaginer qu'il y aurait les citoyens ayant choisi d'être sans État ayant le droit de voter ou non, côtoyant les citoyen avec État. (A vrai dire le pluralisme postmoderne devrait être capable d'offrir la combinaison politique permettant simultanément ces divers choix. Bien sûr on distinguerait le refus de l’État relatif à la solidarité (médecine, aides, éducation, etc.) du refus de l’État servant la justice protectrice des droits de chacun. Au dernière nouvelle un État démocratique assurant la sécurité civile reste nécessaire.)
Aujourd'hui on remarquera que les politiciens ne font pas grand chose pour que les gens votent tous. Ils font bien des pétitions de principe mais élus par tous les citoyens ou par à peine 1%, ils sont élus. Par contre, une minorité d'hommes politiques défendra la liberté citoyenne d'être sans État, libre de ses solidarités et exigences à côté de la liberté citoyenne avec l’État offrant une solidarité nationale. 
En fait dans la dérive ploutocratique, la majorité des politiciens élus œuvrent plus ou moins consciemment pour que les citoyens les plus laborieux soient pourvoyeurs de fond de l’État, que les plus pauvres soient des usagers dépendants et contrôlés tandis qu'ils permettent aux plus riches d'en être les usagers les plus satisfaits dans la mesure où leurs grandes entreprises ont été et sont subventionnées  sans  être vraiment contrôlées et surtout sans être en retour de véritables pourvoyeurs de fond dans une proportion comparable (tant au niveau de l'Etat que des citoyens).

Pour approfondir ces idées, on consultera cet autre autre article

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